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Alpina et la BMW 3.0 CSL : les origines du “M”

Alpina et la BMW 3.0 CSL : les origines du “M”

Alpina et la BMW 3.0 CSL : les origines du "M"

La 3.0 CSL : Un Mythe automobile

Niki Lauda, Nürburgring, James Hunt, Spa-Francorchamps, Hans Stuck, Jacky Ickx, six cylindres, Jägermeister, Batmobile. Tant de références pour un seul mythe. Le dernier terme suffit au plus jeune des initiés pour comprendre ce dont nous parlons. La Batmobile est à BMW ce que Barbizon est aux impressionnistes. Un symbole, un mythe, un pilier. Un pedigree hallucinant, un dessin intemporel et une sonorité inimitable. C’est ça, la BMW 3.0 CSL. Non, la Batmobile n’est pas un point de départ dans l’histoire de BMW, ni même la pierre angulaire dans la constitution de son ADN sportif. Non la Batmobile n’est pas la seule icône de sa génération - ce serait oublier la 2002 Turbo. Mais en toute honnêteté, la 3.0 CSL ne serait-elle pas la BMW par excellence ? Celle qui n’a laissé personne indifférent ? Celle que tous les détracteurs se sont abandonnés à admirer en secret ? Que l’on aime ou non le constructeur, l’image, le dessin ou le pilote, qu’importe. Après tout, on a tous une bonne raison de l’apprécier. Mais savez-vous vraiment à qui nous la devons ? 

3.0 CSL


Un développement façonné par un sorcier 

Basée sur la E9 de série, la 3.0 CSL est née du succès rencontré par les championnats de voitures de tourisme dans les années 1960. Une époque fertile, ou le spectacle offert par les autos et la qualité des pilotes engagés fit grimper la popularité des séries, offrant une visibilité incomparable aux constructeurs. “Race on sunday, sell on monday”. L’adage ne pouvait avoir plus de sens à cette période. Quand un pilote de formule 1 remportait une course dans votre voiture de tourisme, sensiblement similaire à ce que pouvait trouver un passionné dans votre concessionnaire, le succès commercial était immédiat. À ce jeu là, BMW avait déjà fait ses preuves. Les “Neue Klasse” (1500, 1800, etc) avaient placé les couleurs de la firme à l’hélice en haut de la feuille des temps. La E9, apparue avec la 2800 CS fut donc, dès son apparition, destinée à prendre le relai des “Ti” et “TiSA”. Sauf que la tâche n’allait pas être simple. Au même moment, Ford présenta la Capri et pour aller décrocher le titre, mit les petits plats dans les grands : Cologne fut chargé de préparer la “Mini Mustang”. Qui donc pour préparer et contrer la firme américaine et ses Capri made in Europe ?

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Alpina, évidemment. De toute évidence même. Car à l’époque, le “M” Motorsport de BMW n’existait pas encore. Pas de M3, pas encore de M1, non, rien de tout ça. Pourtant BMW avait un allié, indépendant, mais talentueux, en la personne de Burkard Bovensiepen. Ce dernier avait fait bien plus que de simples preuves en développant un kit de préparation moteur pour la BMW 1500 en 1964, adoubé par BMW eux-même. C’est donc Alpina qui se chargea de travailler la 2800 CS pour en développer l’avion de chasse que l’on connaît bien : la 3.0 CSL pour “Leicht” ou “Lightweight” en anglais. La formule ? Une recette maison, celle qui fit et fera d’Alpina une référence. Alpina usa de son savoir faire pour créer la base qui deviendra le fer de lance de BMW Motorsport. Bien plus qu’un simple préparateur, Alpina est allé au delà de son statut pour donner un coup de pouce à la carrière sportive de BMW. Oui, car sans eux, l’histoire aurait pu être bien différente et il est toujours bon de le rappeler. Le sorcier de Buchloe comme on le surnomme, va complètement revoir la 2800 CS et de quelle manière. D’une part, le carrosserie. Alpina reprit la structure monocoque de l’auto de série pour en tirer une similaire construite avec un acier d’une épaisseur bien moindre. Pour aller gagner davantage de poids, le verre des vitres fut remplacé par du perplex bien plus léger, au même titre que l’ensemble des ouvrants se sont vus remplacés par des pièces similaires, en aluminium. 

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De préparateur indépendant à écurie officielle 


Avec cette préparation aux petits oignons, Alpina devient l’écurie officielle BMW et engage les 2800 CS Alpina en compétition dès 1969 dans une livrée combinant orange et noir mat restée mythique. Résultat ? Une neuvième place aux 24 Heures de Spa-Francorchamps. Faire mieux ? Evidemment ! Comment ? 
Alpina avait plus d’un tour dans son sac : il faudra se pencher sur le six cylindres. Pour la saison 1970, Alpina fit passer le 2.8 à 3.0 litres, tout en gardant la dénomination 2800 CS. Les premiers efforts d’Alpina ont permis au six cylindres d’atteindre les 300 chevaux, notamment par l’ajout de trois énormes carburateurs Weber. Malgré une auto jeune, en constante évolution, la saison se solde par plusieurs succès, notamment une victoire impressionnante aux 24 Heures de Spa-Francorchamps avec Ralf Kelleners et Günther Huber, la troisième pour BMW et surtout le titre constructeur dans le Championnat Européen de voiture de tourisme (ETCC). L’année 1971 s’annonce plus compliquée. Alpina, déterminé à placer la BMW au même niveau que sa concurrente directe la Ford Capri RS 2600, va donc redoubler d’effort, à tel point qu’une nouvelle homologation s’imposa. Si le poids fut une nouvelle fois diminué, c’est surtout le moteur qui fit l’objet d’une attention particulière. Au revoir les Weber et bonjour l’injection Kugelfischer, pour une puissance de 335 chevaux. L’ADN Alpina se dessine alors: les jantes mythiques, les stickers et bientôt les appendices aérodynamiques tel que le spoiler avant. La saison fut difficile : de nombreux abandons, laissant les Ford Capri rafler la mise. BMW termina derrière Alfa Romeo et Ford au championnat. De plus, les exigences concernant l’homologation mirent fin aux développement d’Alpina sur la 3.0 CSL. Avec un rythme de moins d’une dizaine d’auto par mois, la petite firme ne pouvait atteindre les 1000 exemplaires en temps et en heures. C’est ainsi qu’en 1972 BMW reprit le développement entamé par le préparateur, pendant que ce dernier alignait les 2800 CS aux côtés de Schnitzer pour une dernière saison. Ce fut d’ailleurs un joli tour d’honneur. Malgré la domination de Ford (le titre pilote pour Jochen Mass) et Alfa Romeo (titre constructeur), Alpina remporta les 24 Heures du Nürburgring (hors championnat) pour la deuxième fois d’affilé. Et oui, n’oublions pas qu’en parallèle, Alpina avait mis au point une fantastique préparation sur la 2002, vainqueur sur la “Nordschleife” en 1971. La suite ? Vous la connaissez. Le travail impressionnant d’Alpina entraînera la création du département Motorsport de BMW (1972) qui mènera au succès internationale des 3.0 CSL et 3.5 CSL, à partir de 1973.

Bataille entre une BMW 2800 CS et une Ford CapriBataille entre une BMW 2800 CS et une Ford Capri (2)4


Si aujourd’hui on a parfois tendance à penser aux berlines luxueuses et exclusives en parlant d’Alpina, il est toujours bon de resituer la place qu’occupe ce qui n’était qu’un petit préparateur à l’origine dans l’histoire sportive de BMW. Au même titre qu’il est essentiel d’insister sur l’impact et le rôle prépondérant qu’a joué Alpina dans le développement de l’une des plus fantastiques voitures de tourisme jamais produite. À l’image d’Abarth, de RUF ou d’AMG, rendons à César ce qui appartient à César : préparer ne veut pas toujours dire “mettre des chevaux pour mettre des chevaux” et élargir des ailes, une philosophie qui a tendance à prendre le dessus de nos jours. Préparer, c’est aussi une culture, celle de la mécanique de précision, d’un savant cocktail “maison” local dont on connaît les valeurs. Une piqûre de rappel, ça ne fait jamais de mal, non ?

Article écrit par Antoine Jimenez

Crédits photos : Pinterest, Thierry Borremans Collection

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