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BPR - La Lister Storm GTS

BPR - La Lister Storm GTS

30 juin 1996. La caravane du BPR s’installe tranquillement sur le circuit du Nürburgring, où se tiendra la cinquième manche de la saison. Dans un des boxs, un vacarme assourdissant attire les plus curieux. Ce vacarme n’est pas commun pour les habitués du championnat. V8 ? Non. Flat 6 ? Non plus. V10 ? Pas vraiment. C’est un V12 qui déchire l’air et réveille les foules. La silhouette se dessine. Spéciale, particulière, différente… Son aspect dérange, ou laisse rêveur. En tout cas, ce monstre ne laisse pas indifférent. Massive, elle n’est pas comme les autres. Car oui, au départ, cette GT était une 2+2.
En réalité, c’était, depuis 1993, la 2+2 la plus rapide du monde.

La Lister Storm est un OVNI. Elle respire la puissance, à travers ses multiples évents. Si ses muscles se devinent, son caractère est évident. Le V12, à bas régime ronronne tendrement, tel un félin domestique. Une légère pression, une légère caresse sur la pédale de droite, et le fauve se réveille. Les 786 nm de couple se ressentent. Quel frisson. Ce 30 juin 1996, la Lister sonne un avis de tempête sur la - future - catégorie reine.

La Lister Storm : Make Lister Great Again

Pour vous resituer, Lister est réapparue sur le devant de la scène dans les années 80. C’est par le biais de l'ingénieur Laurence Pearce que la petite firme aux 3 sabres va revenir aux affaires, avec d’abord la Lister Jaguar XJS Le Mans (une XJS animée par un V12 porté à 7 litres).
Sentant que la formule ayant toujours fait le succès de Lister était peut-être dépassée et que les Jaguar modifiées n’étaient peut-être plus aussi alléchantes, les anglais vont se tourner vers la construction d’une GT 2+2. Pour ce faire, tous les moyens seront bons.
C’est en 1993, lors du London Motor Show, que la première Lister depuis près de 30 ans est présentée. Et cette dernière est loin d’être ridicule. La monocoque, d’une structure en nid d'abeille en aluminium pris en sandwich par des tôles d'aluminium, était très compacte. Cela a fortement influencé le dessin très large et très bas de la Lister, réalisé par Mark Hughes. Pour habiller la structure, des matériaux composites innovants tels que le Kevlar furent utilisés. Détail amusant, les portières en aluminium de la Lister sont les mêmes que celles de la... Volkswagen Corrado. Si le résultat n’est pas très flatteur, que ce soit pour la Lister comme pour son designer, il faut bien souligner que cette “robe” était d’une extrême efficacité.
Le V12 Jaguar de 7 litres déjà présent dans la XJS Le Mans (vous savez, celui-là même qui remporta les 24 Heures du Mans) fut reconduit, mais intégralement revu. Cette “machine de guerre” qu’était le V12 fut associée à une boîte Getrag à 6 rapports très performante, initialement prévue pour la BMW 850i. La Storm affichait 545 ch pour 1600 kilos. Lister avait prévu de produire 10 exemplaires. Seulement 4 seront produits. Pourquoi ? Simplement parce que la 2+2 la plus rapide du monde coûtait 220 000 £, soit trois Ferrari 456GT. Cette échec commercial va toutefois s’avérer être un mal pour bien. Car la Lister va ainsi être “recyclée” pour la compétition, et non sans succès.

Lister Storm GTS : La pierre angulaire

Le succès promis à la Storm ne sera, comme annoncé plus haut, pas commercial. La Storm aura son heure de gloire en compétition, mais il faudra être patient. Car plusieurs étapes, pas toujours glorieuses, seront à franchir.
Une première version destinée et développée pour la compétition fut alors construite. Au vu des performances de la Storm et de sa conception, aucun changement - si ce n’est l'équipement standard de conformité aux réglementations - ne fut effectué. Désormais nommée GTS et homologable pour les 24 Heures du Mans et le BPR, la Storm fit ses débuts aux 24 Heures du Mans. Évidemment, faire débuter une auto dans la Sarthe relève généralement de la figuration, les résultats sont rarement au rendez-vous. La Lister n’échappa pas à la règle et abandonna au bout de quelques heures. Ce sera la seule course de la Storm GTS en 1995.
Le cru 1996 offrira plus de satisfaction : malgré une participation ratée aux 24 Heures de Daytona, la Storm, désormais aux couleurs du club historique de Newcastle United, arrachera une encourageante 19ème place pour sa seconde participation dans la Sarthe. 

Avis de tempête sur le GT

Mais revenons-en au Nürburgring, la cinquième manche de la saison 1995 du BPR, où débuta la Lister dans ce championnat rempli des plus performantes GT disponibles à l’époque. Une seule auto fut engagée sur le “Ring”, ainsi que pour le reste de la saison. Qualifiée en 8ème position, à moins de deux secondes de la pôle, Tiff Needell et Geoff Lees n’avaient pas eu de mal à exploiter la vitesse de l’auto. Toutefois, la direction les obligea à abandonner.
Cette première performance, ou contre-performance, dans le BPR sera à l’image de la saison de la Storm, la seule en BPR. Quelques coups d’éclats en qualification, mais aucun résultat à l’arrivée (trois nouveaux abandons sur boîte de vitesse et moteur). Un manque de fiabilité criant, un peu à l’image de la Lotus Esprit dont on vous parlait la semaine dernière. La Lister n’a jamais terminé une manche de BPR, mais sa carrière ne faisait que commencer… Auto qui suscita beaucoup d’intérêt de la part du public, la Lister Storm GTS est un très bon souvenir pour tous ceux qui l’ont vu courir. Le fabuleux son du V12 devra encore attendre quelques années avant d’être synonyme de succès. 

Après une version GTL (conçue comme une GT1 après les changements de réglementations de 1997), la version GT (répondant à la réglementation GT2) née en 1999 ne tardera pas à connaître le goût de la victoire. En British GT, une Storm GTL sera engagée pour y faire son baroud d’honneur aux côtés des GT. La GTL remportera le titre avec 7 victoires sur les 11 possibles. En 2001, la Storm GT raflera à son tour la mise. En FIA GT, les bons résultats obtenus lors de sa première saison - deux podiums à Zolder et Donington, assurant une cinquième place au championnat - seront validés l’année suivante.  En 2000, la Storm signe cinq succès, remportant le titre en FIA GT. Les passes d’armes mémorables entre les Viper GTS-R et la Lister demeurent encore comme un épisode incontournable de la série FIA GT. Alors certes, l’année du sacre en 2000 marquait celle de l’absence des Viper officielles, laissant Lister comme seule voiture d’usine - si l’on peut encore appeler ça “usine” - en GT2. Pour les deux saisons suivantes, deux autos seront engagées dans ces championnats. Toutefois, si quelques victoires et plusieurs podiums furent arrachés, un second sacre échappera aux Storm. De très bons pilotes se seront relayés à son volant : Andy Wallace, Bobby Verdon-Roe, Ian Flux, David Hart, Jamie Campbell-Walter, Julian Bailey, Peter Hardman, etc… Si ces noms là ne vous disent rien, cherchez du côté des courses historiques : David Hart empile aujourd’hui les victoires sur AC Cobra ou Ford GT40 (la plupart du temps), mettant à mal beaucoup de grands noms ; Verdon-Roe, Flux et Hardman ont tous trois été victorieux au Goodwood Revival sur Ferrari 330 LMB ou Aston Martin DBR1 (là encore, la concurrence était souvent bien plus que sérieuse). Enfin, faut-il rappeler les faits d’armes d’Andy Wallace (vainqueur des 24 Heures du Mans) et de Julian Bailey (ancien pilote usine Nissan en Groupe C) ?

LISTER GTL
LISTER GT
LISTER GT

Bien qu’elle n’ait fait qu’une demi saison de BPR, ses brèves apparitions étaient pour nous l’occasion de vous relater l’histoire, ou en tout cas la genèse, d’une auto étonnante - pas vraiment synonyme d’élégance, on vous l’accorde - qui constitue le chant du cygne d’une marque si chère à l’histoire du sport automobile britannique.

 

Sources : Ultimatecarpage / Racingsportscars.com / Bonhams / Wheelsage