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Coup d'oeil dans le rétro #10 - Des Dames et des Rallyes Partie 3

Coup d'oeil dans le rétro #10 - Des Dames et des Rallyes Partie 3

L’équipe Aseptogyl, la vie en rose

C’est un homme qui sera à l’origine d’une des équipes féminines les plus emblématiques des années 70 en France jusqu’aux années 90. 
Bob Neyret est un chirurgien-dentiste qui met au point un produit qui allie des qualités aseptiques à un packaging digne du marketing qui prend son envol à la fin des années 60 et justifie toutes les trouvailles aptes à faire vendre plus. C’est aussi le début des hypermarchés et donc d’une société de consommation qui va chercher à capter une clientèle la plus large possible avec des procédés de plus en plus efficaces. Et quoi de mieux alors qu’une équipe sportive féminine plutôt charmante et surtout sportivement présente pour mettre en avant un nouveau dentifrice alors que l’hygiène bucco-dentaire devient un véritable marché ? 

Bob Neyret

Bob Neyret l’a bien compris, la recette d’une équipe exclusivement féminine fonctionne parfaitement en terme d’efficacité médiatique et donc publicitaire. 
Quoi qu’il en soit, notre dentiste monte une team féminine, et gracieuse ce qui ne gâte rien, pour assurer la promotion et la publicité de son nouveau dentifrice auprès des grandes surfaces qui commencent à pousser comme des champignons au début des années 70. Non seulement les élues sont jolies, mais elles sont éminemment sportives et vont aligner les résultats. Lui-même s’étant essayé aux rallyes dans les années 60 dans l’équipe Citroën, connaît bien le milieu de la compétition automobile. 
Il faut à ces jeunes femmes des machines avec lesquelles elles vont s’affirmer sur les lignes d’arrivée et porter haut sur les podiums la marque et les couleurs du nouveau dentifrice de manière à susciter la curiosité puis l’intérêt : ce sera donc la toute nouvelle Alpine Berlinette Groupe 3 qui servira les demoiselles. L’originalité de la démarche servira aussi par la même occasion la firme Renault.

Team Aseptogyl

L’impact est énorme : les voitures se distinguent avec leurs couleurs, un rouge vif accompagné d’un rose tendre et d’un blanc éclatant affichant dans l’inconscient collectif les qualités intrinsèques d’une dentition en bonne santé sur des carrosseries aux lignes sportives menées par une escouade de jolies filles sélectionnées certes pour leur beauté plastique et leur joli visage,  mais aussi sur leurs qualités de pilotes. La Team fait la une de L’Equipe avec Claudine Trautmann championne de France et qui deviendra à terme la manager de l’équipe, Marie-Odile Desvignes, mannequin de son état, Annie Girard, Marie-Dominique Guichard, femme du directeur de Carrefour France, Marie-Pierre Palayer, Françoise Conconi, future co-pilote de Michèle Mouton, Christine Rouff dentiste, Marie Laurent, pilote Ford, Charlotte Julien et Pat Moss, Marianne Hoepfner, Christine Dacremont championne de France en 1971, Corinne Koppenhague, Christine Beckers et Yveline Vanoni. En 1971-72, toutes les coupes des dames sont pour elles, et le Paris-Saint-Raphaël sera l’occasion d’un magnifique triplé de la Team. Une nageuse émérite et olympique, Christine Caron, viendra rejoindre le rang en 1973 pour le Tour Auto accompagnée de Jean-Claude Lagniez.

Vanoni / DacremontFrançoise ConconiMichele MoutonMichele Mouton

Devant le succès de l’entreprise, les drôles de dames vont s’engager sur les rallyes et raids en Afrique avec Peugeot, en 504 : le raid Sahara, sans assistance, le rallye du Bandama où les septième et huitième places les récompensent. En 1975, le rallye du Maroc les voit gagner la coupe des dames. Surnommées « Les Panthères roses » (ce qui vaudra à Bob Neyret quelques soucis juridiques avec Walt Disney), c’est désormais au volant de Lancia Stratos et de la nouvelle Alpine A310 qu’elles écument la compétition, avant d’être équipées d’Autobianchi A112 pour le Monte Carlo où elles se font remarquer par leur professionnalisme sportif. Le Tour Auto 1975 en Porsche 911, puis c’est le Graal, les 24 Heures du Mans avec Marianne Hoepfner et Lella Lombardi en 1976 sur Lancia Stratos châssis long, une campagne de relations publiques efficace où les jeunes femmes de la Team sont présentées accompagnées de l’Equipe de France de Rugby, qui elle aussi affiche il faut bien le reconnaître, quelques caractéristiques physiques avantageuses... Elles seront premières des Dames et vingtième au général. Après le Tour de Corse, une course de côte en Alpine F2, une belle campagne d’Italie, le rallye du Brésil en Fiat 147 avec un carburant alcoolisé à base de canne à sucre, c’est le Paris-Dakar en 1980 sur un camion Iveco Unic 4x4 de 260 ch. 
Bob Neyret vend alors la marque. 

Alpine A310Autobianchi

L’équipe Aseptogyl continuera néanmoins jusqu’aux années 90 inscrivant les jolies et emblématiques voitures roses et leurs talentueuses pilotes et co-pilotes aux palmarès du sport automobile. 
Parmi les pilotes de l’équipe Aseptogyl, on trouve en 1974 au Monte Carlo en Autobianchi A112 Corinne Koppenhague. Cette parisienne de 27 ans est une amie de Jabouille, Lafitte, Ligier. En 1970, elle fait le championnat et le gagne. Elle participe aux 24 Heures du Mans en 1975 en Porsche 911 avec Yvette Fontaine et Anne-Charlotte Verney et à une coupe Volvo en Suède. En 1977, c’est la Croisière Verte en moto avec Thierry Sabine et le premier Paris Dakar. Elle en alignera 10 en moto, en Range et sur Toyota. 
Et quand on parle de femmes pilotes, 9 fois sur 10 est citée Michèle Mouton qui a laissé de ses années de compétition une empreinte forte traversant les générations. C’est sans doute parce qu’aucune femme n’a aligné autant de titres. Six fois Championne des Rallyes, cinq fois Championne d’Europe, Vice Championne du Monde en 1982 avec son Audi Quattro. Sa première expérience est une expérience de co-pilote sur le rallye Monte Carlo en 1973, en Peugeot 304. Elle pilote une Alpine pendant 4 ans, une A112, des Porsche 911, une Lancia Stratos et des Fiat Abarth, une Audi Quattro et termine sa carrière en 205 Turbo 16 chez Peugeot. Celle-ci brillante et ses qualités de pilote allument encore des étoiles dans les yeux de ceux qui l’ont vue concourir comme certainement la femme la plus rapide et la plus douée en rallye automobile, égale des pilotes masculins qui ne manquent jamais de saluer encore aujourd’hui ses performances de championne. 

Et on terminera ce volet consacré aux femmes dans les rallyes et donc le sport automobile, avec une petite digression et pas des moindres, les quelques rares qui ont pu atteindre la sacro-sainte Formule 1. Il semblerait bien que cette discipline requiert des qualités sportives que visiblement ne sont pas reconnues aux femmes malgré les nombreuses réussites qui les ont sacrées championnes depuis l’invention du sport automobile, à moins qu’il ne s’agisse d’un sésame indispensable au recrutement dans une équipe de F1 et qui leur manque. 
Elles furent 5 pourtant dans l’Histoire de la F1 depuis 1950. 

En 1958 déjà, Maria Teresa de Filippis pilotera une Maserati 250 F avec une dixième place à Spa au Grand Prix de Belgique. On la retrouve l’année suivante en Porsche F2 pour le Grand Prix de Monaco où elle ne parvient pas à se qualifier malheureusement. Elle met un terme brutal à sa carrière avec la mort de Jean Behra dont elle est proche, au Grand Prix d’Allemagne. 
Une autre italienne Lella Lombardi inscrit son nom au même fronton, qualifiée 10 fois sur 14 Grand Prix pour la saison de 1975. Plusieurs fois pilote aux 24 Heures du Mans et au Nascar, elle est la seule femme à avoir enregistré un demi-point au Championnat du Monde de F1. 
Divina Galica, championne olympique de ski, fit plusieurs tentatives de qualifications en 1976 et 1978, mais sans succès. 

Maria Teresa de FilippisDivina Galica

Désiré Wilson, sud-africaine, pilote aux 24 Heures du Mans et à Indianapolis n’arrivera pas à se qualifier en 1980 au Grand Prix d’Angleterre. 
Giovanni Amati, amie d’Elio de Angelis qui lui donna des cours de pilotage, reconnaît avoir dû changer la couleur de sa voiture et ce n’est pas des histoires, pour ne pas subir les assauts de ses concurrents qui préféraient risquer les accrochages plutôt que de voir une fille en meilleure position que la leur. Elle signe chez Brabham en 1992 et ne réussira malheureusement pas à se qualifier.
Voilà pour l’historique. 

Desire Wilson Desire WilsonGiovanna AmatiGiovanna Amati 2

On peut imaginer que les jeunes femmes contemporaines, qui se passionnent pour le sport automobile et qu’on croise si nombreuses dans les épreuves sportives nationales et internationales, rencontreront moins de difficulté à s’inscrire dans une Histoire qui fut souvent glorieuse néanmoins (cf. Mecanicus, La Gazette / Le courrier des lecteurs / Les Femmes dans l’Automobile) pour celles qui réussirent à vaincre et à faire tomber les préjugés attachés à leur condition féminine. 
 

Article écrit par Marie-Catherine Ligny 
Crédits photos : Sutton Motorsport Images

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