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Coup d'oeil dans le rétro #18 - L'histoire de Louis Renault - Partie IV

Coup d'oeil dans le rétro #18 - L'histoire de Louis Renault - Partie IV

On est à la veille de la Première Guerre Mondiale. L’entreprise de Louis Renault n’a jamais été aussi florissante. La marque s’implante en Russie après un contact direct avec le Tsar Nicolas II et une première usine à Petrograd. Avec l’entrée en guerre, Renault se voit dépouillé non seulement de ses directeurs mais aussi de l’ensemble de ses ouvriers, tous mobilisables. Le Ministère de la Guerre va tout de même autoriser la présence de 20 hommes sur 4900 salariés. Le 1er Août 1914, les clochers de France annoncent la mobilisation générale. Louis n’y échappe pas mais est vite placé en sursis d’appel ainsi qu’un certain nombre de ses ingénieurs alors que 47 % des usines se ferment et pour certaines ce sera définitif. 

Usine Renault

Après le désastre de la bataille des Ardennes et de Charleroi, on fait très vite appel à sa puissance industrielle. Il est question de fabriquer des obus, fabrication qui est jusqu’alors sous le monopole des arsenaux d’état et des forges du Creusot et de Saint-Chamond.

Obus Renault

Louis Renault imagine vite une méthode de fabrication compatible avec ses machines-outils et c’est ainsi qu’il produit 20 obus en l’espace d’une nuit dont le procédé est validé par le Ministère.

Les femmes travaillent pour l'effort de guerre

En Septembre il se voit nommé responsable de la production des obus pour le groupe de Paris, qui comprend les entreprises de mécanique, des chaudronneries et des fonderies de dix constructeurs automobiles.

Devant la menace des troupes allemandes sur Paris, Renault se voit contraint de transporter une grande partie de ses usines à Lyon et ce sera 12 trains complets de moteurs, de châssis, de pièces détachées, d’outillage, de machines qui seront nécessaires. Dès lors, on verra Louis faire la navette au volant de sa puissante 40 CV entre Billancourt, Lyon et Bordeaux où le gouvernement s’est replié par précaution.

L’armée allemande s’est dangereusement rapprochée de la capitale et Joffre décide de lancer une contre-offensive : envoyer au front 12000 fantassins en réquisitionnant les taxis parisiens pour la plupart des Renault type AG.

Taxi de la Marne sur l'Esplanade des Invalides

On rassemble ceux-ci sur l’Esplanade des Invalides : 1200 véhicules qui vont transporter en une nuit 6000 hommes vers la Marne, le restant des troupes étant acheminé par voie ferrée. L’action militaire est un succès et les Allemands se replient vers l’Aisne. On a échappé au pire et la France a besoin d’usines en mode de fonctionnement pour alimenter le front en munitions ; le Nord et l’Est de la France sont occupés et on risque de tomber en pénurie d’acier et de charbon. 

Les taxis de la Marne

Se créent alors dès 1915 le Groupement des constructeurs français d’armes portatives, et le Groupement des constructeurs de moteurs d’avions, puis plus tard en 1917, le Groupement des chars d’assaut. Groupements dirigés en partie par Louis Renault. Les autorités gouvernementales n’ont plus aucune réticence à solliciter l’industrie privée et en particulier l’industrie automobile au sein de laquelle Louis Renault s’impose comme le leader incontesté : en 4 ans, la guerre va lui permettre de tripler la taille de son empire industriel.  Il peut alors imaginer comme il en a toujours rêvé élargir sa gamme de produits, organiser son autonomie en limitant, voire supprimant les prestataires et surtout concrétiser son hégémonie en rationalisant les installations de Billancourt. 

Il commence par s’emparer de la filiale française de l’équipementier allemand Bosch spécialisée dans l’électricité automobile qu’il déménage à Issy les Moulineaux. Puis la municipalité de Billancourt, consciente de la valeur ajoutée d’une entreprise florissante dans ses murs,  approuve l’extension de l’entreprise sur les terrains proches de l’usine. Louis annexe purement et simplement les rues avoisinantes ; il multiplie les achats de parcelles, devient le propriétaires de 28 propriétés d’un lotissement, s’empare de la rue de L’Île, transformant les rues affluentes en impasses qui deviennent par le fait des allées intérieures de l’usine. On mure au fur et à mesure les rues encerclées par les acquisitions avec la bénédiction du Ministère de l’Armement arguant devoir protéger une usine dédiée à la Défense Nationale en la rendant accessible à une surveillance efficace. Les riverains devront désormais présenter une autorisation de circuler à la police privée de l’usine. Des indemnités importantes sont proposées à la population et Renault finira par acheter à la ville l’ensemble des rues concernées par son titanesque projet d’agrandissement. Par ailleurs, il entreprend au printemps 1917 la construction d’une usine destinée au montage des avions qui s’étend bien au-delà de ses acquisitions, sans autorisation. La justice est saisie, un premier jugement le condamne à une amende au montant ridicule, puis un second à une démolition dont il se moquera bien, soutenu par le Ministère des Armées qui le considère désormais comme d’utilité publique. 

L’objectif est aussi de rentabiliser l’espace des usines afin de mettre en place une organisation qu’il a pu observer lors de sa visite des usines Ford. Jusqu’au début du conflit, l’entreprise construisait principalement des voitures mais ce sont des milliers d’obus, d’éléments de fusils, des milliers de camions, de voitures, des moteurs d’avions, des avions, des camions, des tracteurs et des chenilles et à partir de 1917 le char d’assaut Renault, qui sortent désormais des usines. 

Usine de chars

Sur le front, la situation est dramatique, on enregistre jusqu’à 100 morts à la minute. On se met alors à rêver d’une arme capable de faire la différence et de stopper cette hécatombe. Et cette arme, ce sera le Renault FT-17 qui n’a pas encore convaincu les militaires qui lui préfèrent un char lourd et peu maniable, contraint de se déplacer à l’arrière des troupes. Si l’appareil cale, le soldat doit alors quitter l’habitacle pour relancer le moteur à la manivelle s’exposant ainsi sans protection aux tirs ennemis.

logo

Le char imaginé par Louis Renault est sans comparaison plus efficace. Le 22 Février 1917, il dirige lui-même les essais en se mettant aux commandes de cette nouvelle arme de guerre qu’il vient de concevoir. Il s’agit du premier char de combat léger qui ne pèse que 6,5 tonnes, comprenant des éléments de voiture traditionnelle ce qui permet une production accélérée. L’engin est conçu pour des homme de taille moyenne, qui se révèle être celle de Louis Renault qui sert de modèle étalon à tous ses véhicules par ailleurs et le recrutement des conducteurs de char va devoir se faire avec des critères physiques de taille et de poids bien précis. 

Philippe Pétain

C’est alors que Pétain arrive et est nommé Commandant en chef des armées le 15 Mai 1917. Convaincu du bon usage des engins motorisés dans le conflit depuis la bataille de Verdun, il est un atout majeur pour Louis Renault et sa nouvelle arme en décidant de donner un rôle de premier plan aux chars légers.

Bataille de Verdun

On commande à Louis 5200 chars qui font merveille face à l’armée allemande qui fuit littéralement devant eux à partir de Juillet 1918. Les batailles se gagnent et s’enchaînent grâce à ce nouvel équipement, les communiqués ne cessant d’en louer l’efficacité. Dans la foulée, Louis reçoit les honneurs de la République et est fait officier de la Légion d’honneur. C’est la consécration ; il fait installer dans la cour d’honneur de son entreprise un char FT-17 tandis qu’un bronze à l’image de l’engin ne quittera plus désormais son bureau. Début 1919, la marque change de logo : un char symbole d’action et de force sortant d’un cercle. 

char-renault-FT-17-75mm

En Février 1918, Louis a fêté ses 41 ans et il n’a toujours pas fondé de famille. Il est le dernier homme de celle-ci décimée par les décès successifs de ses forces masculines. Son neveu Jean, sur lequel il fondait tous ses espoirs, s’est engagé en secret dans l’aviation pendant le conflit, refusant la protection offerte par son oncle. Abattu au cours d’une mission d’observation aérienne, il plonge à nouveau Louis dans le drame et la culpabilité. 

L’avenir de l’entreprise ne repose plus que sur ses épaules et Louis légitimement commence à rêver d’un héritier. Aussi se lance-t-il dans une stratégie de conquête aux objectifs matrimoniaux clairs auprès d’une jeune femme qu’on lui a présentée, Christiane Boullaire, 23 ans. La jeune femme, que l’on dit très belle et au caractère aussi trempé qu’ambitieux, appartient à une dynastie de juristes. 

mariage_renault

Ils se marient le 26 Septembre 1918 au cours d’une cérémonie aux parfums de mariage de raison. Et le 24 Janvier 1920, naît de leur union Jean-Louis, héritier mâle, qui vient combler les espoirs de succession de Louis.

louis_renault et son fils

L’industrie automobile industrielle française, sollicitée par les autorités, est sortie renforcée du conflit. L’entreprise Renault a échappé aux mouvements sociaux en instaurant contre toute attente la journée de 8 heures votée par le Parlement le 19 Avril 1919. Mais ce sera une journée continue avec une pause de 15 ou 30 minutes, dont le rythme provoque vite fatigue et lassitude profonde chez les ouvriers. Et malgré ses efforts qui sont autant de stratégies pour endiguer les potentiels conflits, le climat social reste tendu dans les usines. 

Sur le plan de la concurrence commerciale, un adversaire sérieux qui n’est pas un inconnu pour Louis, menace désormais de lui faire l’ombre : un certain André Citroën au parcours bien différent mais tout aussi efficace.  

 

To be continued