Victoire Le Mans 1969

Coup d'oeil dans le rétro #22 - Les 24 heures du Mans 1969 : L’autre duel.

Une fois n’est pas coutume dans cette rubrique, et puisque nous sommes privés de compétitions historiques, ne gâchons pas notre plaisir et revenons sur les traces des 24 Heures du Mans 1969, XXXVII ème Grand Prix d’endurance qui connut cette année-là un dénouement exceptionnel. 
Les Porsche avaient bien failli ne pas partir à cause de l’affaire des volets mobiles qui avait trouvé un épilogue satisfaisant la veille du départ de la course. La commission sportive avait finalement décidé que les voitures ne pouvaient pas en être équipées mais que celles dites de sport construites à 25 exemplaires, homologuées par la Fédération Internationale Automobile et équipées de stabilisateurs pouvaient participer. Les Porsche 917 de 4,5 litres qui étaient concernées purent donc prendre la ligne de départ. 
Le départ de l’épreuve est donné exceptionnellement à 14 h. L’autre particularité de cette édition est qu’il s’agit de la dernière durant laquelle les pilotes partent en courant depuis le côté opposé de la piste vers leur voiture placée en épi, départ iconique dit « départ Le Mans ». Ce type de départ a la particularité d’inciter les pilotes à l’urgence donc à démarrer la plupart du temps non sanglés et parfois même avec une portière mal sécurisée. Et mettre son harnais à plus de 300 km/h comporte évidemment certains risques. Un an plus tôt, Willy Mairesse n’a pas bien fermé sa porte. Elle s’arrache de la Ford GT 40 jaune. Le pilote qui n’est pas attaché sera grièvement blessé et mettra fin à ses jours en septembre 1969. Jacky Ickx, qui n’approuvait pas ce type de départ, en signe de protestation, démarre après avoir marché vers sa voiture, s’être installé tranquillement et bouclé sa ceinture de sécurité. Ickx démarre donc en dernière position. Et quelques minutes seulement après le départ, les événements vont malheureusement lui donner raison. Le britannique John Woolfe, premier pilote privé à se porter acquéreur d'une Porsche 917 aborde dans le premier tour Maison Blanche à pleine vitesse. Sa voiture qu’il maîtrise mal, deux roues sur l’herbe, part aussitôt en tête à queue avant de se désintégrer contre les fascines. Woolfe, pas attaché, est éjecté et tué sur le coup.

 

John Woolf

Départ 24h

Départ

Départ 2
La course se déroula par tranches de 5 heures. Les cinq premières heures furent consacrées à un festival Porsche avec des 917 beaucoup plus rapides et qui vont s’installer très vite en tête de la course. Matra attaque à la sixième heure avec Jean-Pierre Beltoise et Piers Courage mais qu’une défaillance de l’éclairage arrière et un changement de plaquettes de freins rétrogradent sérieusement à la sixième place derrière les trois Porsche et les deux Ford qui ne cessent de reprendre du terrain. 

Ford Porsche

 

Jacky Ickx

Porsche 917-015

Cette année-là, l’Anglais John Wyer, l’ingénieur et dirigeant de l’écurie de course automobile « John Wyer Automotive Engineering » a fait le choix d’aligner une GT40, certes moins rapide que la Mirage qui sera victorieuse aux 24 Heures du Mans 1975 avec les pilotes Jacky Ickx et Derek Bell, mais beaucoup plus résistante, équipée d’un moteur V8, mis au point à partir de moteur Ford de série, amélioré par les ateliers Wyer avec la pose de culasses Gurney/Weslake.  

John Wyer
Son écurie a déjà été victorieuse au Mans 1959 avec une Aston Martin pilotée par Roy Salvadori et Caroll Shelby, et en 1968 avec une Ford GT40 pilotée par Lucien Bianchi et Pedro Rodriguez. En 1969, les deux pilotes sont tous les deux des pilotes de Grand Prix ce qui est alors assez rare au Mans, épreuve d’endurance peu appréciée jusqu’alors par la plupart d’entre eux.  Jacky Ickx a 24 ans avec déjà à son actif un très beau palmarès. Il a débuté au volant d’une Matra  de la Team Tyrell en formule 2 et 3. Il remporte en 1967 les 1000 Kms de Spa avec une Mirage Ford. En 1968, il est chez Ferrari en Formule 1 et remporte le Grand Prix de l’A.C.F de Rouen où il s’affirme désormais comme le meilleur pilote du monde sur piste mouillée. Il gagne à nouveau SPA cette année-là. 
Jack Oliver est un peu moins connu du grand public. Il a 27 ans et officie en Formule 1 avec John Surtees dans l’équipe BRM après un début l’année précédente sur Lotus-Ford comme numéro 2 de Graham Hill.
A 9 heures le dimanche matin, la course semble jouée. La Porsche 917 d’Elford-Attwood est en tête devant une autre Porsche, une 908 de 3 litres pilotée par Lins-Kauhsen.
A 10 heures, Elford est au stand pour un ravitaillement mais il semble bien que sa Porsche a quelques soucis d’embrayage. Elle repartira mais sans grande conviction avec une moyenne de 170 km/h  pendant encore une trentaine de minutes avant l’abandon.
La 908 de Lins-Kauhsen connaît aussi de gros soucis d’embrayage et de boîte de vitesse. Alors la GT 40 de Ickx en profite pour remonter mais toujours menacée par une Porsche 908, celle de Hermann et Larousse. Celle-ci avait connu un problème de roulements arrière qui avaient dus être changés en pleine nuit avec un arrêt au stand de plus de 30 minutes. Et malgré ce retard signifiant, les deux pilotes avaient continué à lutter pour remonter. Larousse est sans doute l’un des pilotes Porsche les plus rapides alors, aguerri par des compétences acquises dans les rallyes et accoutumé aux nappes de brouillard qui gênent la performance cette nuit-là. La Porsche échappe d’ailleurs de peu à l’accident avec celle de l’allemand Udo Schutz qui heurte les rails de protection après un dépassement avant de prendre feu, et que Larousse évite de justesse à 300 km/h. 
L’équipage Herrmann-Larrousse remonte son retard et se retrouve à un peu moins d’un tour de la Ford GT 40 de tête à trois heures de la fin de l’épreuve. A 11 h 15, La Ford change ses quatre plaquettes de frein en 3’15’’ ce qui permet à la Porsche de prendre la tête. Quinze minutes plus tard, celle-ci doit ravitailler, Larrousse prend le volant à 15’’ de la Ford de Jackie Ickx. A midi, il réduit l’écart à 6’’ et trente minutes plus tard, place ses roues dans celles de la Ford. Larrousse passe alors la Ford qui s’arrête pour ravitailler en 47’’ ! 

Ford GT 40

A 12 heures 45, c’est au tour de la Porsche de s’arrêter au stand pour un ravitaillement qui prendre 50’’. Larrousse laisse le volant à son co-équipier qui quitte le stand au passage du Belge. A 13 heures, Hans Hermann est en première position mais six minutes plus tard Ickx reprend la tête alors que la Porsche commence à donner des signes de défaillance. Mais Hermann ne s’en laisse pas conter et reprend la tête pour le tour suivant. Il reste 24 minutes et six tours et l’issue de cette course d’endurance de 24 heures reste inconnue à ce stade. 
C’est finalement la Ford qui passera la ligne d’arrivée après une alternance haletante entre les deux voitures jusqu’à la dernière chicane. Chez Porsche, on est effondré évidemment. Les freins de la voiture avaient commencé à donner des signes de faiblesse. Hermann est visiblement très déçu : il a 41 ans et a fait quasiment toute sa carrière chez Porsche avec une interruption pour une Formule 1 chez Mercedes aux côtés de Fangio et Stirling Moss ; le Mans aurait été une extraordinaire consécration pour lui. Il sera récompensé l’année suivante par une victoire sur Porsche 917.
Après 4998 kilomètres de course, la victoire s’est jouée avec 120 mètres d’avance … Ickx, parti dernier, entre dans la légende du Mans et les dernières heures des 24 Heures du Mans de cette année 1969 sont entrées elles aussi dans l’anthologie de cette grande épreuve d’endurance. 

Gérard Larousse

Porsche Larrousse

Ickx

Victoire Ickx

Ickx Jacky

Articles sur le même thème

#MarketMood: le point sur les enchères de la Monterey Car Week

#MarketMood: le point sur les enchères de la Monterey Car Week

Turbo et 4x4, quand Porsche a innové aux 24h du Mans

Turbo et 4x4, quand Porsche a innové aux 24h du Mans

Le BPR : une nouvelle ère

Le BPR : une nouvelle ère

Top 10 des voitures de collections les plus échangées en 2020

Top 10 des voitures de collections les plus échangées en 2020

Touring Cars : DRM / DTM #1

Touring Cars : DRM / DTM #1

La Ferrari 250 GT SWB Breadvan, la cousine dissidente

La Ferrari 250 GT SWB Breadvan, la cousine dissidente