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Coup d'oeil dans le rétro #8 - Des Dames et des Rallyes Partie 1

Coup d'oeil dans le rétro #8 - Des Dames et des Rallyes Partie 1

« Dona e motori, gioi e dolori » *

La Seconde Guerre Mondiale stoppa net non seulement toutes les compétitions automobiles mais aussi toute la production. Cet arrêt brutal et les cinq années qui suivront mirent malheureusement un terme à nombre de carrières sportives automobiles engagées. 
Nous avons vu (La Gazette / Courrier des Lecteurs / Les Femmes dans l’Automobile) que les femmes pionnières n’eurent rien à envier à leurs homologues masculins en terme de ténacité, de compétences sportives et de records, malgré les interdictions diverses et variées des sommités du sport automobile à participer aux challenges que ces messieurs se lançaient régulièrement sur les circuits européens. 
La fin de la guerre signe une période de reconstruction civile, économique et sociale et l’industrie automobile n’échappe pas aux difficultés inhérentes à une reprise qui doit se faire sur tous les fronts. Evidemment, les Etats sollicitent les femmes à reconstruire le pays mais pas exactement au sens sportif : s’occuper de la famille, de son mari et surtout recomposer les forces vives de la Nation en privilégiant la procréation. 

Les circuits ont été endommagés par les conflits sans entretien pendant les années de guerre, occupés par les troupes en cantonnement et surtout pourvoyeurs de matériaux précieux en période de disette industrielle. 

On ressort toutes les automobiles sportives qui ont survécu au conflit et il faut attendre la reprise du Mans et du Monte Carlo en1949 pour voir surgir une nouvelle production de modèles en mesure de concourir dans des épreuves qui reprennent du service, les Aston-Martin DB2 en Angleterre, une Ferrari 166 MM avec la marque toute nouvelle dans ce secteur d’activité. Les Automobiles Clubs refleurissent grâce à des fonds de l’Etat destinés à aider l’industrie automobile à produire à nouveau des machines sportives. 
Les femmes ont été très présentes avant-guerre à s’aligner sur les circuits dans des courses où elles ne déméritaient aucunement et où même parfois elles avaient gagné rapidement la confiance des constructeurs qui n’hésitaient plus à leur confier un volant, en particulier en raison de leur ténacité et résistance à la souffrance. 

Quoi qu’il en soit, en compétition automobile, on retrouve les femmes tout d’abord en rallyes et principalement à partir des années 50 sur les Monte Carlo, Mille Miglia, Coupe des Alpes et Paris-Saint-Raphaël. 

Ainsi Régine Gordine, née en 1915, passionnée d’automobile et qui avait déjà participé à des rallyes avant la Seconde Guerre Mondiale. En 1950, elle fait d’abord équipe au Mans avec Germaine Rouault sur une barquette Simca Gordini. Epouse de Sacha Gordine, grand ami d’Amédée Gordini, elle évolue tout naturellement dans le monde de la compétition automobile. Elle participe en 1953 sur Coupé 203 au Liège-Rome-Liège, au critérium des Alpes en 1954, enceinte, au Rallye Monte Carlo en 1955. Au Tour de France, elle est accompagnée de Germaine Rouault qui perd le contrôle du véhicule qui fait alors plusieurs tonneaux. Régine est blessée à la tête, un début d’incendie se déclare. Peu importe, les filles reprennent le volant. Elle aura moins de chance l’année suivante au Rallye Monte Carlo. Le brouillard dissimule un camion contre lequel elle vient s’écraser. Elle en sortira vivante mais ne reprendra plus véritablement sa carrière de pilote après cet accident …

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En Angleterre, c’est un ancien pilote de Spitfire engagé à 17 ans dans la RAF qui bat en 1957 le record de la course de côte de Shelsley Walsh sur une Emeryson Alta : Roberta Cowell d’abord connue sous le nom de Robert Marshall Cowell. Il s’agit sans doute du premier ou de la première sportive transexuelle. Avant sa transformation, Robert est ingénieur et fréquente assidûment le circuit de Brookland avant la guerre. Devenu pilote de chasse, un rêve de gosse, il est affecté dans une escadrille du sud de l’Angleterre. Il participe au Débarquement et à la campagne de France mais abattu au-dessus de l’Autriche, il est libéré en 1945 par les Russes du stalag où il a été emprisonné. De retour en Angleterre, il développe un garage spécialisé dans la préparation des voitures de course et entame un long processus de transformation pour devenir Roberta en 1951. Elle reprendra la compétition jusqu’en 1970 où on la retrouve à 59 ans testant une Formule 3. 

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Les voitures de sport sont rares au lendemain de la guerre même si les anciennes gloires reprennent parfois du service. Aussi, c’est au volant de berlines un peu puissantes qu’on retrouve les femmes qui veulent en découdre sur les routes du rallye de Monte Carlo.  On y croise néanmoins des Panhard, 4 CV et 203 et quelques américaines maladroites en rallye. Et une Saab conduite par Greta Molander, suédoise née en 1908, déjà vainqueur (où est donc passé le féminin de ce mot … ?) de la Coupe des Alpes en 1937 sur une Plymouth. Elle participe à des rallyes nordiques, part faire des cascades à Hollywood et quelques semaines en prison pour avoir insulté un officier allemand. En Suède, elle se distingue au Rallye des Dames sur une des premières Saab, puis sur nombre de rallyes jusqu’en 1959 et sera à l’origine de la première victoire de Saab. On la retrouve plus tard en historique et elle conduira jusqu’à la fin de sa vie en 2002. 

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Mais c’est l’Angleterre qui fournira la championne d’Europe des rallyes entre 1954 et 1955, Sheila Van Damm sur Sunbeam Talbot. Estafette militaire pendant la guerre, elle devient pilote de réserve de la RAF. Son père directeur du théâtre Windmill à Londres spécialisé dans le strip-tease de charme, trouve intéressant d’engager pour la publicité de son établissement un équipage au Dailly Express Rallye auquel sa fille participe pour une troisième place. En 1951, Sheila gagne la Coupe des Dames sur une Hillman Minx. Les victoires s’enchaînent. Elle terminera sa carrière comme journaliste au Motor Racing Magazine. 

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C’est en 1928 en Belgique que naît Gilberte Thirion, autre figure féminine du sport automobile des années 50,  fille d’un industriel belge vainqueur du Liège-Rome-Liège en 1934 sur une Bugatti. En 1952, Max Thirion lui achète une Porsche 356 Gmund en aluminium. Gilberte fréquente les circuits et croise les grands pilotes de l’époque. Avec son père, elle est seconde au Rallye Paris-Saint-Raphaël la même année à 24 ans. Elle pilote aussi bien des Mercedes, des Ferrari, des Renault les cinq années qui suivent. Elle devient pilote professionnel et gagne nombre de coupes des Dames à raison d’un ou deux rallyes par mois. 

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Elle participe aux 24 heures de Paris, au Grand Prix de Spa, aux 12 Heures de Reims, aux qualifications du Mans, aux Mille Miglia sur une barquette Gordini.  Troisième derrière Moss et Chiron à Spa, on la verra, épuisée après 5 heures de course, pousser sa voiture en pleine canicule jusqu’aux stands avant de perdre connaissance. Elle s’allie à Olivier Gendebien pour plusieurs rallyes. Aux 12 heures de Reims, son amie Annie Bousquet meurt en 1956 sous ses yeux après plusieurs tonneaux de son Spyder 550. Malgré le choc psychologique, on la retrouve chez Ferrari en Testa Rossa aux Mille kilomètres de Paris et au Grand Prix de Monza en binôme avec Anna-Maria Peduzzi, spécialiste des Mille Miglia depuis 1932. La même année, Gilberte gagne le premier Tour de Corse avec Nadège Ferrier sur une Dauphine Gordini, devant une Porsche Carrera, une Alfa Romeo et une 300 SL ! Sebring aux USA sera sa dernière course sur sa Dauphine Gordini avant un riche mariage qui visiblement l’éloignera de la compétition automobile. 
Revenons sur le destin brisé d’Annie Bousquet qui s’inscrit en 1952 à son premier rallye après avoir rencontré par hasard, à Sestrières deux grands champions italiens, Gigi Villoresi pilote Ferrari au palmarès sportif impressionnant et Alberto Ascari, champion du monde de F1 à deux reprises, qui se tuera en séance d’essais privés en Mai 1955 à Monza alors qu’elle se remet d’une chute de ski. S’enchaînent des rallyes en 4 CV. Pilote de Porsche, elle suit un entraînement chez l’importateur pour comprendre la mécanique. En 1953, à Agen, son coussin de siège de son racer 500 DB  se détache et elle se brise la jambe contre la palissade du circuit. En 1955, une sortie de piste au grand Prix d’Agadir la lui rebrise au volant d’un Spyder 550 Porsche. Auparavant, elle a acquis une barquette Gordini avec son amie Gilberte Thirion dont elle partage le volant aux Mille Miglia. Un Tour de France épique associée à Marie-Claire Beaulieu, où elle enchaîne les soucis divers et variés (perte des casques avec une voiture ouverte, vol de la trousse à outils, réservoir d’essence crevé déversant son précieux contenu sur les genoux des participantes, fuite d’huile menaçant d’incendie le moteur, portière s’ouvrant à chaque virage…) feront dire à Annie que le Diable est à leurs trousses. Elles finiront secondes des dames et huitièmes au général après avoir été bloquées par les Gordini. 

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En 1955, on la retrouve au départ du Monte Carlo avec Lise Renaud au volant d’une Dyna Panhard. Le rallye fut une vraie catastrophe et les filles rentrent à Monaco en train. Seconde aux 24 Heures de Paris, elle se lance dans un record sur le circuit de Montlhéry mais un pneu se déchappe à 230 km/h et elle se dégage seule de sa voiture malgré de multiples fractures. 1955 et 1956 sont des années hécatombes : Ascari, Levegh, Beauman, Heath, Musy et Rosier disparaissent. Le mari d’Annie se tue dans un accident de la route. Malgré son chagrin, elle participe aux Mille kilomètres de Paris sur une Maserati 1500 avec Alex de Tomaso, puis c’est les Mille Miglia en TR2. Et ce sont les tragiques 12 Heures de Reims où sa Porsche bleue tape la bordure gauche avant d’effectuer plusieurs tonneaux. Annie est éjectée et retrouvée inanimée dans le pré jouxtant la piste. 
Sa voiture accidentée restera le temps de l’épreuve sur le bord du circuit. 
Elle avait 34 ans.

Son décès entraîna l'éviction des pilotes féminines de la plupart des épreuves françaises jusqu'en 1971, notamment aux 24 Heures du Mans. L'un des virages du circuit de Reims-Gueux porta ultérieurement son nom, et un Challenge Annie Bousquet fut créé par la FFSA pour récompenser la championne de France des rallyes. 

To be continued

* Femmes et mécaniques, joie et douleur.

Article écrit par Marie-Catherine Ligny 

Crédits photos : Getty Image, John Ross Motor Racing Archive

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