Mecanicus utilise les cookies afin d'améliorer votre expérience utilisateur et proposer du contenu publicitaire adapté. En cliquant sur Accepter, vous validez cette utilisation. Plus d'infos en cliquant ici

Coup d'oeil dans le rétro #9 - Des Dames et des Rallyes Partie 2

Coup d'oeil dans le rétro #9 - Des Dames et des Rallyes Partie 2

Dans la décennie qui suivit la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les femmes sont sorties des circuits pour se frotter aux rallyes qui reprennent peu à peu du service. 

Femmes et jeunes filles de bonne famille se retrouvent chez les couturiers en vogue et sur les routes pour des épreuves qui ponctuent aussi sûrement leur année que les week-ends à Deauville, les grands prix hippiques et autres concours d’élégance. Elles débutent ainsi l’année avec le Rallye Monte Carlo qui les mène sur la Riviera où elles retournent en Mars avec le Paris-Saint-Raphaël, le printemps les cueille en Mai avec Le Mille Miglia, tandis que la Coupe des Alpes célèbre leur été. Un joli Tour de France pour un été indien, la Corse pour la fin de l’automne et quoi de mieux que le Maroc en Décembre. Les dîners de gala et les remises de coupe se succèdent allègrement.  On concourt avec une 203, une 4CV, une Giulietta ou une XK120. La Porsche Spyder 550 en se révélant meurtrière à ses débuts acquiert vite une réputation de tueuses de pilotes pour ne citer que James Dean sur la route de Salinas en 1955.
Les Américains n’ont pas véritablement de circuit. De leur séjour en Europe, ils ont rapporté des sportives, Jaguar, MG, Maserati, Ac, Ferrari, Gordini et s’entraînent sur des routes ou des aéroports désaffectées, Sebring, Watkings Glen, Nassau, Eagle Mountain … ainsi que sur des lacs salés pour les records de vitesse. 

C’est là qu’on y retrouve Betty Skelton (1926-2011), jeune prodige à 12 ans en pilotant un avion solo et surtout première femme à Indianapolis. Cadre, elle s’occupe du marketing pour la marque Chevrolet. Elle organise des raids Côte-Est / Côte-Ouest. A Daytona Beach en 1956, elle détient le record de vitesse de 234 km/h sur une Corvette. Pilote d’hélicoptère, de jets, elle ira jusqu’à passer les tests pour devenir astronaute. On la retrouve en 1965 à 446,78 km/h sur un lac salé, aux commandes du Green Monster Cyclop, engin de record équipé d’un moteur de North American F86-Sabre, premier avion de chasse à réaction. 

Betty 1Betty 2

Dans le monde occidental, l’industrie automobile avance soudain à pas de géant dans les années qui suivent et les femmes ne sont pas en reste pour tester les nouveaux modèles qui viennent servir leurs aspirations sportives. 

En France se distingue une femme d’affaires avisée, Louisette Texier, qui prend ses vacances en rallye comme d’autres en station balnéaire. Encore une qui se révèle par sa ténacité : elle n’hésite pas à faire 800 km sans pare-brise sous la pluie pour terminer troisième au général au Charbonnières. Elle pilote une 4CV, une Alfa TI et gagne le Lyon-Charbonnières en 1960. En 1964, c’est en Jaguar MK2 qu’elle gagne la coupe des dames tourisme du Tour Auto. Connue pour sa générosité et son fair-play, elle remet à un concurrent, Vic Elford qui participe en Cortina Lotus son carnet de contrôle égaré au contrôle précédent, sans lequel celui-ci aurait été immédiatement disqualifié. 
Elle déclare que les femmes résistent plus facilement à la fatigue que les hommes et surtout qu’elles possèdent un sens de la coquetterie se révélant la meilleure des armes : gagner des minutes à chaque étape permet de gagner le temps de se remaquiller et de se recoiffer afin d’arriver fraîche comme une rose aux contrôles horaires ! 

Louisette Texier

Elle chaperonne Annie Soisbault (1934 – 2012), sportive de haut niveau, sept fois championne de France cadet et junior de tennis. Sa première voiture est un cabriolet Delahaye Grand Sport qu’elle s’offre avec ses emplois d’étudiante, puis on lui fait cadeau d’une TR3 rouge avec laquelle elle effectue son premier rallye au Tour de Corse. Elle gagne la coupe des dames et termine quatrième au général. Remarquée par le patron course de Triumph, elle y gagne un poste de pilote d’usine. Au Rallye des Tulipes en 1958, exaspérée par ses erreurs dans ses notes, elle n’hésitera pas à laisser sur le bord de la route Patricia Ozane, co-équipière incompétente dont on l’a flanquée. En 1959, elle vise et gagne le titre de championne d’Europe des Rallyes. Elle enchaîne avec le Rallye Monte Carlo, un guépard sur la banquette arrière d’une Triumph Herald pour le fun et surtout la médiatisation. Elle gagne le Rallye de la Baule au volant d’une Jaguar MK2 et séduit à 6 heures du matin un marquis épaté de la voir siffler un verre de blanc et se régaler d’une omelette au lard au petit déjeuner. Il l’épouse et va la couvrir de voitures prestigieuses. Les coupes des dames lui semblent fades et ne l’intéressent plus. C’est ainsi qu’elle gagne à Monza en 1964 devant Enzo Ferrari. Sa persévérance et ses résultats sportifs ne lui attirent pas que des admirateurs effrénés : elle devra subir un certain nombre de « plaisanteries » dont certaines auraient pu se révéler meurtrières, sucre dans le réservoir, pont sans huile, roue dévissée. En 1966, à la course de côte du Mont Ventoux au volant d’une Porsche 906, elle gagne le record de moyenne avec une vitesse supérieure à 100 km/h. Il semblerait que ce fut elle qui inspira à David Brown le sigle de sa nouvelle Aston en lui conseillant d’associer à ses initiales l’initiale du prénom de sa femme Suzanne (DBS). 
Elle cessa les compétitions au bout de dix ans mais pour s’occuper des importations d’Aston Martin, de Jaguar et de Triumph

Annie SoisbaultAnnie Soisbault 2

C’est en 1965 qu’on découvre Claudine Bouchet au volant d’une DS Citroën. Quatre fois championne de France et trois fois vainqueur (sic) de la coupe des dames au Tour de Corse sur ID19, elle épouse le pilote René Trautmann qu’elle suit chez Lancia en 1964. Elle pilote ensuite une Alpine dans la Team féminine d’Aseptogyl avant d’en devenir la Team Manager. Neuf fois championne de France des Rallyes, elle participe au Bandama, Rallye de Côte d’Ivoire et au Rallye du Maroc.

claudine 1claudine 2

Deux autres jeunes femmes se révèlent d’excellents pilotes sur Citroën DS 19 et 21 et sur Renault, Alfa Romeo et Gordini, la fameuse « R8 Gord ». Lucette Pointet (image de couverture) qui avait débuté en Dauphine et Christiane Petit, sœur de « Biche » co-équipière de Jean-Claude Andruet. 

En Angleterre, les filles ne déméritent pas, bien au contraire. On les retrouve sur circuit où elles viennent affronter les gentlemen drivers, peut-être drivers mais pas toujours franchement gentlemen vis-à-vis de ces jeunes femmes qui veulent en découdre avec la même ténacité que leurs homologues masculins même si l’effort est plus rapide et plus violent dans ces disciplines qu’en rallye. 
Ainsi Christabel Carlisle, qui, s’ennuyant sur le bord d’un circuit alors qu’elle y accompagne un ami, jure qu’on ne l’y prendra plus et décide illico de participer à une course avec sa Mini de série. Elle a 21 ans et ne termine pas le premier virage ou plutôt si, mais dans une botte de paille… Qu’à cela ne tienne ! Elle prend des leçons de pilotage et remarquée par Marcus Chambers de BMC, elle débute vraiment à Silverstone mais plusieurs tonneaux mettent brutalement un sérieux frein aux séances d’essai. Sa voiture reconstruite dans la nuit, elle termine cinquième de sa classe et douzième au général. En contrat avec BMC et Castrol, elle s’autorise alors à gagner devant les voitures de l’écurie de John Cooper à Aintree. Elle  déclarera devoir payer très cher ce podium dans les courses qui suivirent et subir toutes les manœuvres perfides possibles et imaginables de la part de ces messieurs sans doute vexés d’avoir été distancés par la jeune femme. Christabel sera la fille la plus rapide en Mini y compris devant Steve Mc Queen à Brands Hatch. Elle court sur tous les circuits d’Europe avec son Austin personnelle. On la retrouve au Monte Carlo en 1963 sur Austin Healey avec Timo Mäkinen dans des conditions épiques, celui-ci ne parlant ni ne comprenant un seul mot d’anglais. 
Malheureusement, une violente sortie de route à Silverstone stoppera net sa carrière. 
Désormais, l’ambiance des courses a changé, les sponsors ont la part belle et c’en est terminé de ces « amateurs » qui écrivaient d’autant plus grandes pages sportives qu’elles n’étaient soutenues par aucune aide extérieure. 

Christabel 1Christabel 2

Ainsi les années 60 se terminent avec l’émergence d’une nouvelle société, une société  de consommation où dominent la publicité et le marketing. Mais les femmes trouvent des opportunités de se libérer du joug qu’on leur impose et après 20 ans d’absence, elles sont de retour aux 24 Heures du Mans avec Marie-Claude Charmasson sur une Corvette. Cette jeune femme va devenir une véritable icône de cette jeune génération de femmes volontaires qui s’essaient avec talent aux disciplines qui sont autant de chasses gardées. Son père possède un garage Citroën à Gap où les routes ne sont que des appels au crime en terme de rallye. Celui-ci a déjà participé au Monte Carlo où il a terminé troisième au volant de sa Citroën 15. Autant dire que Marie-Claude a été élevée dans la culture de l’automobile sportive. Etudiante en Angleterre, elle croise Pat Moss à Silverstone et c’est le déclic. Elle gagne la coupe des dames du Rallye des Routes du Nord en 1964 avec Claudine Bouchet-Trautmann. Puis sur Lancia, c’est 5000 km sur le Liège-Sofia-Liège en 4 jours. Elle prend le pseudonyme de « Beaumont ». en 1965. C’est la victoire sur Mustang au Rallye de La Baule avec Henri Greder. Elle obtient un volant d’usine et débute alors une carrière de quatorze années de course et de succès. Sportive accomplie dans de nombreuses disciplines, ski, patin, tennis, équitation, elle se révèle une adversaire tenace, l’égale des meilleurs pilotes masculins. La coupe des dames n’est surtout pas un challenge suffisant pour cette championne et elle s’engage sur des grosses Opel Comodore et Camaro. Championne de France et d’Europe, elle gagne le Tour de Corse, les Tours Autos, le Monte-Carlo, participe à la Targa Florio. Comme nombre de femmes que nous avons croisées dans ces rubriques, elle se révèle une concurrente généreuse faisant preuve d’un esprit sportif hors pair et sauve du précipice à la Coupe des Alpes deux de ses concurrents masculins directs. 
Le Mans n’était plus accessible aux femmes depuis l’accident mortel d’Anne Bousquet à Reims. Des pétitions circulent pour empêcher la participation de femmes demandant à ce « qu’aucun jupon ne participe à des courses d’hommes »  (sic) … Grâce au ciel, les femmes ont quand même la décence d’enfiler une combinaison de pilote comme leurs homologues masculins pour concourir. Marie-Claude Beaumont participe au Mans jusqu’en 1976 sur Chevrolet, Alpine et Porsche. Elle s’inscrit aussi dans les épreuves du Championnat du monde des circuits en Alpine A441 avec Lella Lombardi aux côtés de Pescarolo, Laffite, Jabouille. 
Sa carrière de pilote se termine en 1977 et elle occupe alors un poste chez Renault Sport.

Marie Claude 1Marie Claude 2Marie Claude 3

To be continued...

Article écrit par Marie-Catherine Ligny 
Crédits photos : ? / nous contacter