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📬 Courrier des lecteurs - Les Femmes dans l'Automobile #1 - La Duchesse d'Uzùs

📬 Courrier des lecteurs - Les Femmes dans l'Automobile #1 - La Duchesse d'Uzùs

Anne de Rochechouart de Mortemart, duchesse d’Uzùs - Du premier permis de conduire à la premiùre contravention pour excùs de vitesse...

A la fin du XIXĂšme siĂšcle, le veuvage autorisait une libertĂ© d’action interdite aux femmes mariĂ©es, passĂ©es de la tutelle d’un pĂšre Ă  celle d’un Ă©poux. Anne de Mortemart, duchesse d’UzĂšs (1847-1933) eut, s’il m’est permis, cette opportunitĂ©-lĂ . MariĂ©e Ă  20 ans, veuve Ă  31, elle mena sa vie, sa famille et sa fortune d’une main de maĂźtre, appartenant Ă  cette noblesse fortunĂ©e du siĂšcle de la RĂ©volution Industrielle aux loisirs dorĂ©s de la Belle Epoque et Ă  l’expansion Ă©conomique et sociale, volontaire et avisĂ©e. Et c’est cette mĂȘme fin de siĂšcle qui voit l’apparition d’une production industrielle de l’Automobile. 

La premiÚre femme enregistrée à l'examen du permis de conduire...

C’est aussi tout naturellement qu’on retrouve Anne d’UzĂšs, par ailleurs cavaliĂšre Ă©mĂ©rite et passionnĂ©e de chasse Ă  courre, un matin de printemps de 1898 dans les allĂ©es du Bois de Boulogne Ă  passer un « certificat de conduite ».   La duchesse n’est certainement pas la premiĂšre femme Ă  s’essayer Ă  la conduite mais ce dont on est certain, c’est qu’elle est la premiĂšre femme enregistrĂ©e Ă  ce type d’examen. Ce qui fait d’elle une pionniĂšre en la matiĂšre. La presse annonce le lendemain que « Mme la duchesse d’UzĂšs a passĂ© hier son examen de conductrice automobile » ; « coiffĂ©e d’un petit chapeau de feutre noir qu’elle portait inclinĂ© sur l’oreille, [elle] tenait en main la barre de direction, qu’elle manoeuvrait trĂšs savamment ». On apprĂ©ciera l’attention portĂ©e Ă  la tenue vestimentaire.

Au volant d'une des plus anciennes marques Françaises ! đŸ‡«đŸ‡·

C’est Ă  bord d’une Delahaye bicylindre type 1 rutilante qu’elle s’est prĂ©sentĂ©e aux trois fonctionnaires de la PrĂ©fecture chargĂ©s d’évaluer sa capacitĂ© Ă  mener cette machine, 12 km/h en ville et  20 de moyenne dans les allĂ©es du Bois, qu’il est prudent dit-on, de ne pas atteindre si on est en charge de famille.  Cette voiture lui appartient. En effet, ne peuvent prĂ©tendre Ă  l’examen que ceux ou celles qui sont propriĂ©taires d’une automobile. Ce qui est facilitĂ© quand on n’a plus d’époux. Oui, sinon le vĂ©hicule est la propriĂ©tĂ© du mari
 ce qui n’autorise plus alors de se prĂ©senter Ă  l’examen du permis de conduire. Delahaye est une des plus anciennes marques françaises, fondĂ©e par Emile Delahaye,  qui conçoit et fabrique ses propres moteurs, et vite rĂ©putĂ©e pour ses voitures d'un classicisme bourgeois et ses vĂ©hicules d'incendie. A partir de 1935, la marque conquiert le marchĂ© du luxe et du sport, oriente sa production vers les grandes routiĂšres et s'intĂ©resse Ă  la compĂ©tition, ce qui l'amĂšne Ă  Ă©largir sa gamme vers des modĂšles Ă  caractĂšre sportif, aux lignes nĂ©anmoins  Ă©lĂ©gantes. Le type 135 en particulier remporta des courses mythiques comme les 24 Heures du Mans en 1938. Malheureusement, Delahaye, comme d’autres, ne passera pas le cap de la Seconde Guerre Mondiale, le coĂ»t des voitures n’étant plus concurrentiel, et disparaĂźtra aprĂšs avoir Ă©tĂ© rachetĂ© par Hotchkiss.

Delahaye de la Duchesse d'UzÚs au musée de compiÚgne
Delahaye de la Duchesse d'UzĂšs

PionniĂšre, encore une fois

Revenons en 1898. La duchesse, parmi les premiĂšres clientes du constructeur, pilote un break Delahaye, bicylindre 6 ch, produit Ă  375 exemplaires entre 1895 et 1901, vĂ©hicule conservĂ© et visible aujourd’hui au MusĂ©e national de la voiture et du tourisme Ă  CompiĂšgne. Automobile qu’elle conduit un mois et demi plus tard avenue Foch, alors avenue du Bois de Boulogne, lieu de promenade Ă  la mode, oĂč elle est le premier conducteur (sic) verbalisĂ© pour excĂšs de vitesse en dĂ©passant la limite autorisĂ©e de 12 km/h Ă  Paris intra-muros
 DĂ©cidĂ©ment une pionniĂšre en matiĂšre de conduite automobile !  Elle n’est pas la seule, car c’est visiblement du dernier chic de tomber sous le coup d’une amende de cent sous pour vitesse excessive. Et sur cette avenue du Bois, si l’on croise encore quelques beaux attelages nostalgiques, c’est avec une certaine fiertĂ© que les mondains, cavaliers Ă©mĂ©rites par ailleurs, dĂ©laissent le cheval au profit de l’automobile. Mais, mĂȘme si les femmes semblent conquises rapidement par la nouvelle locomotion, Ă  la veille de la PremiĂšre Guerre Mondiale on compte moins d’une centaine de permis de conduire qui leur sont dĂ©livrĂ©s.  

L'automobile comme moyen d'expression

Pendant la guerre, devant la nĂ©cessitĂ© de soigner au plus vite les blessĂ©s, la duchesse d’UzĂšs est sollicitĂ©e pour prĂ©sider et financer sans doute, l’association Formations chirurgicales franco-russes qui a pour but la crĂ©ation d'un centre de soins mobile : 3 Ă  4 camions transportant des Ă©quipes chirurgicales, des tables d’opĂ©ration et du matĂ©riel de radiologie. Cette structure “autochirugicale”, permettait d’opĂ©rer jusqu’à 60 blessĂ©s par jour au plus prĂšs du front.  PassionnĂ©e de progrĂšs, militante de l’émancipation fĂ©minine, elle crĂ©e l’Automobile Club fĂ©minin en 1926 puisque l’Automobile Club est interdit Ă  la gente fĂ©minine.  Elle organise le premier et cĂ©lĂšbre Rallye Paris Saint RaphaĂ«l, rĂ©servĂ© aux femmes, avec le comte de Rohan Chabot. Rallye qu’elle emmĂšnera Ă  Rome pour le faire bĂ©nir par le pape Pie XI et oĂč elle sera reçue par Mussolini.  Cette femme aura ouvert la voie du pilotage automobile aux femmes de sa gĂ©nĂ©ration et Ă  celles Ă  venir, grĂące Ă  son esprit indĂ©pendant, sa vitalitĂ© et son dĂ©sir de ne pas rester cantonnĂ©e au rĂŽle que la sociĂ©tĂ© lui rĂ©servait. Il est vrai que la  position sociale qu’elle occupait lui aura facilitĂ© la tĂąche. Il n’en reste pas moins vrai que son nom figure en bonne place au panthĂ©on des pionniĂšres de l’Automobile qui donnĂšrent aux femmes le moyen de s’exprimer, de devenir autonomes, car si l’Automobile fut trĂšs vite pour l’homme un moyen d’affirmer son pouvoir et sa puissance, elle fut, pour la femme, le moyen d’affirmer son indĂ©pendance.   Remerciements : Marie-Catherine Ligny, pour ce bel hommage et son implication