Delahaye

Delahaye : des concours d’élégance aux 24Hrs du Mans.

Quand on pense à la marque Delahaye, on a souvent en tête les luxueuses et prestigieuses voitures dont les carrosseries sont issues des ateliers les plus réputés tels
Figoni & Falaschi, Saoutchik, Letourneur & Marchand ou Chapron. Il ne faut cependant pas occulter le passé glorieux de la marque de la rue du Banquier dans les compétitions sportives, notamment sa victoire dans la plus prestigieuse des courses d’endurance, les 24 Heures du Mans. C’est en 1938 que l’exploit fût réalisé.

La belle et la bête (de course). 

Delahaye 2

Quand la première guerre mondiale se termine, la marque Delahaye est d’abord connue, pour ses camions et engins agricoles. Ce n’est qu’au début des années 30, alors que la firme produit des autos de milieu de gamme, que la famille Morane, en charge de sa direction, va prendre la décision d’aller vers le marché des voitures haut de gamme mais aussi de s’engager en compétition. 
Rapidement, elle devient la marque de référence pour tous les amateurs de voitures de luxe habillées le plus souvent par les plus grands carrossiers français. Il ne se passe pas un concours d’élégance sans qu’une Delahaye ne décroche le premier prix ou tout du moins ne soit en course pour le faire.
C’est la sortie du modèle Type 135 qui va propulser la marque dans le monde des courses. Conçu en 1934, il va lui permettre de briller en compétition. Dès 1935, Delahaye se présente au départ des 24 heures du Mans. Ce sera le début de l’aventure des 135 dans l’épreuve mancelle.

Les 135 en haut de l’affiche 

Delahaye 135 1935
Delahaye 135 1935

Cette première expérience se termine par une belle 5ème place pour l’équipage Paris/Mongin.
Après l’annulation de l’épreuve en 1936, la marque remet le couvert en 1937. C’est en nombre que les Delahaye prennent le départ puisque l’on ne compte pas moins de 6 135S et une 135. C’est à des brillantes 2ème et 3ème places derrière la Bugatti Type 57G de Benoist/Wimille que terminent les équipages Mongin/Paul et Stoffel/Dreyfus.
Quand l’édition de 1938 se profile à l’horizon, les candidats à la victoire finale ne manquent pas. Même si on ne trouve qu’une seule Alfa Romeo 8C 2900B engagée, elle fait figure d’épouvantail avec son moteur 3l à compresseur. Pilotée par le duo Biondetti/Sommer elle sera la voiture à battre.

Alfa Romeo 8C 2900B
Alfa Romeo 8C 2900B

 Les Delahaye ont l’avantage du nombre puisque l’on ne retrouve pas moins de 7 d’entre elles au départ. Mais surtout, comme si on ne voulait pas mettre tous ses œufs dans le même panier, deux 145 V12 de 4,5l viennent en appui des traditionnelles 135S 6 cylindres,

Delahaye 145
Delahaye 145

Autres prétendantes à la plus haute marche du podium, les Talbot T 150C 4l. 
La marque de Suresnes aligne 6 voitures, 2 coupés accompagnant les 4 T150C.

Talbot T150 C
Talbot T150 C

Delage est également présent, mais plus modestement puisqu’une seule D6 3l peut espère un bon résultat.

Quand le 18 juin à 16 heures le départ est donné, ce sont les Delahaye 4,5l qui se portent en tête. Mais avant la fin du premier tour, l’Alfa Romeo 8C de Sommer les doubles et se retrouve leader d’une course qu’elle va dominer outrageusement. Seul Philippe Etancelin sur sa Talbot T26 SS réussit à tenir le rythme de la belle italienne et même à passer brièvement en tête. Ce ne sera qu’un feu de paille. La Talbot jette l’éponge après un peu plus de 6 heures de lutte avec l’Alfa.
Ce sera alors un cavalier seul pour l’équipage Sommer/Biondetti qui bat régulièrement le record du tour. Derrière, les Delahaye font ce qu’elles peuvent. Et ce n’est pas avec les nouvelles 12 cylindres que la marque essaie de s’accrocher, elles ont toutes les deux dû abandonner sur problèmes mécaniques. Ce sont les 135S qui mènent la chasse, non sans mal puisqu’elles aussi sont victimes de pépins à répétition.

Alfa Romeo 8C 2900B

Alfa Romeo 8C 2900B

C’est avec stupeur qu’à deux heures de l’arrivée, les spectateurs présents voient l’Alfa Romeo de Sommer s’arrêter une première fois à son stand, un pneu venant d’éclater. Si l’avance de la 8C avoisine alors les 14 tours et que le changement de roue ne vient pas remettre en cause sa première place, c’est une conséquence de cet incident qui va provoquer un vrai coup de théâtre. Biondetti qui a pris le relais va vite s’apercevoir que l’incident dont a été victime son coéquipier a entraîné la rupture d’une canalisation d’huile provoquant le serrage du moteur. 

C’est donc de façon extrêmement chanceuse que la Delahaye 135S n°15 de Chaboud/Tremoulet se retrouve en tête, suivie par le n°14 de Giraud-Cabantous/Serraud.
Même si elles aussi sont victimes de quelques soucis, elles réussissent à franchir la ligne d’arrivée offrant un doublé inespéré à la marque française.

Delahaye 135S vainqueur
Delahaye 135S vainqueur

Le podium est complété par la Talbot Lago T150 SS Coupé n°5 de Morel/Prenant, une autre 135 S terminant 4ème, 

Talbot T150SS Coupé
Talbot T150SS Coupé

C’est une grande victoire pour Delahaye, mais aussi pour l’industrie automobile française puisqu’une Peugeot 402 DS Darl Mat prend la 5ème place d’une course dominée, au classement final, par les voitures de l’hexagone.

Peugeot DS Darl Mat
Peugeot DS Darl Mat

Certes, c’est une victoire en trompe l’œil tant la domination de l’Alfa Romeo 8C 2900B fut outrancière pendant 22heures. Quand son tour le plus rapide s’effectua en 5’13’’ 8, la 135S gagnante tourna au plus vite en 5’46’’. Un gouffre séparait les deux protagonistes, mais comme dans la fable de La Fontaine, la tortue finit par battre le lapin. Et comme c’est souvent le cas, l’histoire ne retiendra que le nom du vainqueur : Delahaye.
En 1939, pour la dernière édition avant la 2ème guerre mondiale, Delahaye tentera bien de garder son titre, mais c’est Bugatti qui l’emportera avec la 57C de Wimille/Veyron, la première des 135S engagées terminant 6ème.

Crédit photos : Pinterest, Classic Car Catalogue, RM, Musée Storica Alfa Romeo, Les 24Heures, MC


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