Gilles Villeneuve : le funambule de la Formule 1

Gilles Villeneuve : le funambule de la Formule 1

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S’il existe un pilote qui, durant toute sa carrière, réussit à faire l’unanimité, Gilles Villeneuve est celui-là. Adulé par ses compatriotes, adoré par tous les observateurs de la F1, il fut pendant quelques années le chouchou du plateau de la discipline reine du sport automobile. Généreux, brillant, charismatique, il a marqué à jamais toute une génération de pilotes et de spectateurs et sa fin tragique ne fera qu’amplifier cet état de fait.

Quand la motoneige mène à la F1

Gilles Villeneuve est né en janvier 1950 à St Jean-sur-Richelieu dans la province de Québec au Canada. Très vite, il s’intéresse à la course automobile et participe avec sa Ford Mustang à des épreuves d’accélérations. Certes, il y rencontre un certain succès, mais il s’en lasse relativement vite et, de plus, cela ne lui remplit pas son portefeuille lui qui a déjà une famille à nourrir.

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C’est donc tout naturellement qu’il se tourne vers ce qui est un des sports mécaniques favoris des Canadiens : la motoneige. Très vite, il est une des vedettes de la discipline et remporte de nombreux titres et devient même champion du monde de la spécialité en 1974.

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De cette période, il en gardera toujours la science de la glisse ce qui lui permettra de se sortir à plusieurs reprises de situations que l’on peut qualifier de « scabreuses ».

Pour autant, c’est toujours vers la course automobile qu’il lorgne. Les données sont maintenant différentes. Il gagne suffisamment d’argent grâce à ses succès sur motoneige, et peut alors, en parallèle, courir dans de bonnes conditions là où il a encore tout à prouver.

Les résultats tombent rapidement. En 1973, il devient champion du Québec en Formule Ford en remportant 7 victoires sur les 10 courses du championnat.

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Il passe alors à la catégorie supérieure et va participer les trois années suivantes au championnat Formule Atlantic. Là aussi, en 1976, il décroche le titre suprême avec 9 succès sur les 10 courses de la saison. Mais ce qui va braquer les projecteurs sur le petit Canadien, c’est sa performance au GP de Trois-Rivières où, comme chaque année, se dispute un Grand Prix de Formule Atlantic auquel participe quelques-uns des pilotes vedettes de la F1. Cette année-là, Gilles Villeneuve se permet de gagner la course en dominant, James Hunt, Alan Jones, Patrick Tambay ou Bobby Rahal.

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1976 sera aussi la première fois où il met les pieds en Europe à l’occasion du Grand Prix de Pau sur une March 752. Même si le résultat final se solde par un abandon, il a démontré qu’il tenait parfaitement la cadence, remontant de la 10e place sur la grille à la 4e position avant son retrait.

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Si 76 a été l’année de la révélation, 77 sera celle des premiers pas en formule 1.

James Hunt, impressionné par le Canadien lors de leur confrontation, a touché deux mots à Teddy Mayer le patron de l’équipe McLaren qui lui propose de venir courir le GP de Grande-Bretagne sur le circuit de Silverstone. À bord d’une McLaren M23, il termine 9e d’un Grand Prix dominé par James Hunt. Pas si mal pour un début en F1..

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En parallèle, Gilles Villeneuve continue à courir dans d’autres formules. Il termine notamment 2e au 12hrs de Mosport sur une BMW 320 avec Eddie Cheever comme coéquipier.

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Il tâte aussi de la CAN-AM sur une Wolf Dallara WD1 avec comme meilleur résultat une 3e place à Elkhart Lake.

Les années Ferrari

Mais son objectif reste la Formule 1 et il ne va pas tarder à parvenir à ses fins. Sa prestation à Silverstone n’a pas laissé de marbre Enzo Ferrari qui a remarqué le côté spectaculaire et incisif de la conduite du Canadien et lui propose de venir faire un test à Fiorano.
Celui-ci s’avère concluant et on le retrouve au volant d’une Ferrari 312T2 pour les deux derniers GP de la saison au Canada et au Japon.
Après une modeste 12e place à son Grand Prix national, il a un grave accident à Fuji. Sous une forte pluie, il s’accroche avec la Tyrrell P34 de Ronnie Peterson et voit sa voiture propulsée au-delà des barrières de sécurité causant la mort de 2 personnes. Dur début pour le jeune Canadien.
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Pour autant, il ne doute pas de ses capacités et compte bien démontrer au « commendatore » qu’il a eu raison de lui faire confiance. La saison 78 débute doucement pour Villeneuve. Durant les premières courses, il subit la loi de son coéquipier Carlos Reuteman. Même s’il termine 4ème en Belgique, la pression commence à peser sur ses épaules. Heureusement, course après course, il se bonifie et finit la saison en gagnant au Canada, devant ses fans, le premier Grand Prix de Formue 1 de sa carrière.
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79 sera une grande année pour le Canadien même si en fin de saison, le titre lui échappe pour quelques petits points au profit de son nouveau coéquipier Jody Scheckter.
Ce sont les Ligier qui dominent le début de saison, mais rapidement, Villeneuve met les pendules à l’heure en gagnant coup sur coup à Kyalami et Long Beach.
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Cette saison marquera aussi les esprits des fans de Formule 1 pour deux faits de courses inoubliables.
D’abord au Grand Prix de France à Dijon, il livre une lutte féroce et épique avec René Arnoux. La Ferrari et la Renault se doublent et dédoublent jusque dans le dernier tour, Villeneuve finissant par reprendre au Français la 2e place de la course. Il termine derrière Jabouille qui signait là sa 1re victoire et la 1re victoire d’une voiture turbocompressée ce que l’on a tendance à oublier aujourd’hui tant l’élément marquant de cette course est resté la bataille pour les 2es et 3e places.
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Quelques semaines plus tard, au GP de Belgique à Zandvoort, le Canadien à la lutte avec Alan Jones perd le contrôle de sa voiture et sort de la piste. Victime d’une crevaison, il veut à tout prix rentrer au stand. C’est sur trois-roues qu’il y parvient mais ses mécaniciens ne peuvent réparer, la jante sans pneu finissant par s’arracher.

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Villeneuve termine cette belle année en gagnant le dernier GP de la saison à Watkins Glen ce qui pourra lui laisser quelques regrets, la régularité de son coéquipier ayant payé plus que le pilotage flamboyant du Canadien.

1980 est une année à oublier pour Ferrari et ses pilotes. La Ferrari T5 est dépassée et totalement à la dérive face à la concurrence qui maîtrise de mieux en mieux l’effet de sol et, pour certaines, l’arrivée des moteurs turbo. L’année se termine avec 6 pauvres petits points dans la besace du petit Canadien.

1981 marque un tournant pour la Scuderia. Elle adopte elle aussi le turbo pour ses toutes nouvelles 126CK. L’apprentissage est cependant difficile pour les deux pilotes et pour toute l’équipe. Le moteur est très puissant, mais le temps de réponse du turbo est trop long et la tenue de route de la voiture aléatoire. Villeneuve finit par apprivoiser sa machine et réussit à remporter deux Grand Prix, à Monaco, pourtant peu propice aux voitures turbo et à Jarama où il réussit à contenir la concurrence du fait de la puissance de son moteur sur un circuit sinueux où les dépassements sont difficiles.
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Fidèle à son habitude, en fin de saison, il montre au GP du Canada toute son habileté et ses dons d’équilibriste en amenant sa Ferrari sur la 3e marche du podium alors que sous une pluie battante et après une légère touchette, il conduit plusieurs tours avec un aileron avant lui obstruant une bonne partie de sa vision.
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Tous les espoirs sont permis pour l’année qui s’annonce. La Ferrari devenue 126C2 est de plus en plus performante grâce à une combinaison turbo/effet de sol enfin maîtrisée. Mais rien ne va se passer comme prévu.
Le début de saison est dominé par Alain Prost et sa Renault, mais la confiance demeure. À Imola, au GP de San Marin, les Ferrari ne peuvent que gagner. Elles sont chez elles avec tout ce que la ferveur des tifosi peut apporter, mais aussi parce que les principales équipes membres de la FOCA (Formula One Constructors Association) Williams, Mc Laren ou Brabham ont décidé de boycotter l’épreuve pour protester contre la disqualification de plusieurs de leurs voitures au Grand Prix du Brésil.
Le résultat final est bien celui espéré pour les supporters italiens, mais la façon dont cela se passe va avoir des conséquences terribles pour la suite. En effet, alors que Villeneuve est en tête devant son coéquipier Didier Pironi, le stand leur indique de ralentir afin d’économiser l’essence. Le Canadien obtempère pensant que de fait, les deux premières places sont figées alors que le français le dépasse et prend la tête de l’épreuve. S’ensuit un chassé-croisé où, au final, Pironi l’emporte.
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Villeneuve est furieux. Il refuse de participer à la célébration de la victoire de la part de son coéquipier et quitte le circuit en déclarant avoir été trahi par celui qu’il considérait comme un ami.
Est-ce que cet événement va contribuer à ce qui va se passer deux semaines plus tard, peut-être, même s’il est difficile d’être certain de cette affirmation.
Le Grand Prix suivant se déroule en Belgique sur le circuit de Zolder le 9 mai 82. Villeneuve n’a toujours pas digéré ce qui s’est passé à Imola et est bien décidé à remettre les pendules à l’heure. Les essais sont électriques. Le Canadien tient absolument à faire un meilleur temps que son coéquipier. Jusqu’au bout, il essaye et c’est dans son dernier rush que le drame arrive. Lancé à pleine vitesse, il percute l’arrière de la voiture de Jochen Mass qui, lui est dans son tour de décélération. Le choc est terrible. La voiture de Villeneuve s’envole, effectue plusieurs tonneaux pendant lesquels le pilote est éjecté et vient s’encastrer dans le grillage de sécurité. Les secours arrivent rapidement, mais rien ne peut être fait pour le sauver. Son décès est déclaré à son arrivée à l’hôpital.
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Disparaît ainsi celui qui fut certainement le plus attachant des pilotes de Formule 1. Un des rares pour qui seule la victoire comptait, sans notion de calcul. Pour ça, il était capable de conduire à 120 % de ses capacités et de celles de sa voiture. C’est ça que ses supporters, canadiens ou autres, appréciaient.
Enzo Ferrari, qui le considérait comme son fils, en fut profondément affecté et personne ne remplaça Gilles Villeneuve dans le cœur du vieil homme tout comme dans le monde de la F1 où il restera unique.
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Tout comme un funambule qui joue sa vie à chaque représentation, il jouait la sienne à chaque GP. En seulement quelques années, il était devenu le pilote le plus populaire, le plus aimé de tous ceux présents sur le circuit F1.
Sa fougue, son audace, son habileté au volant tout comme sa gentillesse sorti de sa voiture resteront à jamais gravées dans la mémoire de tous.
Son circuit fétiche qui accueille aujourd’hui la manche canadienne du championnat du monde de Formule 1 porte son nom. Sur la ligne d’arrivée, une inscription est là pour nous le rappeler et ne jamais l’oublier.

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Crédit Photo. Pinterest, Motorsport, Autonews, Sportauto,Restauremania, McLarenarchive, Ferrariarchives, Villeneuvearchives, MC.