Labourier

Les constructeurs disparus de Franche-Comté : Labourier - Partie 8

Les ateliers étant devenus trop exigus, Charles Labourier déménage à la fin de la première guerre mondiale et installe son entreprise à Port-Lesney afin de profiter de la gare de Mouchard (toute proche) pour ses approvisionnements et pour la livraison de ses productions.

Toujours entreprenant, Charles Labourier va ensuite étendre ses activités à la branche touristique et au transport de passagers.

Labourier

Opportunité

Jules Labourier, le fils de Charles, seconde son père dès son retour de la première guerre mondiale où il était mobilisé en qualité de chauffeur militaire. Jules abandonne le secteur du transport de personnes pour celui du véhicule utilitaire. Ayant découvert les aptitudes des camions-tracteurs Four Wheel Drive (FWD) type B 4x4 de l’armée US et comprenant que la région jurassienne verra le développement de la mécanisation en forêt et en agriculture, il se lance dans le négoce de camions made in USA en rachetant les FWD laissés sur place par l’armée américaine. Il les transforme ainsi en grumiers pour le transport et le débardage du bois. Une activité qui trouve finalement sa clientèle parmi les nombreuses entreprises forestières du Jura et des environs.

Camion Labourier

Au début des années 30, Jules Labourier décline d’autres véhicules spécialisés comme des chasse-neige, des balayeuses et autres engins de travaux publics, toujours basés sur la même plate-forme mécanique du FWD.

Note : Les Labourier sont parmi les premiers à croire au moteur Diesel. L’après-guerre étant une période de pénurie, ils mettent l’accent sur la faible consommation de leurs tracteurs, un argument commercial fort.

Poids lourds

A partir de 1932, Labourier va commercialiser un véhicule nommé BT, pour type B Transformé, sous sa propre marque. Puis viendra un modèle routier 4x2 à châssis surbaissé, doté d’un pont arrière FWD et d’un essieu avant de fabrication “maison”, baptisé JL (pour Jules Labourier) et proposé avec un large choix de carrosseries : plateau, plateau ridelles, ridelles bâchées, fourgon tôlé, bennes, fourragère, plateau laitier.

Pub labourier

Devenue une véritable petite entreprise, le site de Mouchard abrite désormais une chaudronnerie, une forge et un atelier de montage et d’usinage. Les activités de tôlerie, carrossage et adaptations en tous genres ne manquent pas mais la production de camions reste très faible : seulement une trentaine d’unités par an à l’aube de la seconde guerre mondiale.

Pendant la seconde guerre mondiale, Serge Labourier, fils de Jules et petit-fils de Charles, met au point un prototype de tracteur agricole équipé d’un gazogène Gohin-Poulenc, restrictions obligent.

A la libération, l’entreprise n’est pas intégrée au Plan Pons, en raison de sa faible production d’avant-guerre. En marge du Plan, Labourier n’a donc pas accès aux matières premières. C’est pourquoi, dès 1946, Jules Labourier et son fils Serge, vont mettre à profit les relations privilégiées qu’ils entretiennent depuis de nombreuses années avec la firme FWD pour négocier un contrat de représentation exclusif, qui leur permettra d’acheter directement à la source, des châssis, boîtes, ponts et transmissions de véhicules HAR neufs, soit quelque 600 tonnes de pièces produits par les américains durant la guerre.

Les châssis HAR sont alors “dieselisés” par des motorisations Labourier à licence Douge, CLM, et Unic ZU et sont rebaptisés HAR-D, remplaçant ainsi le modèle BT d’avant-guerre. Pour diversifier sa gamme, l’entreprise propose également le HAR-D en version 6x6, modernise le châssis JL (JL3 NM) et propose aussi des châssis surbaissés à traction avant : le TAD et son petit frère le TAL.

Camion labourier 2

A la fin des années 50, l’entreprise est à son apogée. Jusqu’à 600 personnes travaillent pour la firme jurassienne sur quatre sites : Mouchard, Besançon, Gray et Baume-les-Dames.

Afin de moderniser la gamme, Serge Labourier, qui a succédé à son père à la tête de l’entreprise, sort un châssis léger de 3 tonnes utiles. C’est en effet ce type de tonnage qui correspond à la catégorie la plus vendue en France à l’époque. Ainsi vont voir le jour les petits TL2 et TL3, pourvus d’un moteur Indenor Peugeot. Le bureau d’étude Labourier réalise alors son premier châssis totalement exempt d’organes FWD. Mais ces petits utilitaires TL ne seront construits qu’à seulement 120 exemplaires.

Camion labourier 3

Tracteurs

Les utilitaires TL ne font malheureusement pas le poids face à une concurrence qui possède un potentiel de production beaucoup plus élevé que la petite usine jurassienne. En patron avisé, Serge Labourier oriente alors son entreprise vers le marché des véhicules spéciaux (pour le débardage et le déneigement, particulièrement adaptés aux besoins régionaux) et notamment celui des tracteurs. Malgré une activité principalement et fortement orientée vers les poids lourds, l’entreprise muscadienne sort ces premiers tracteurs de série : les LD.

Tracteur Labourier

Le constructeur dispose alors d’une gamme homogène qui s’étend du LDA de 25 chevaux au LDE de 60 chevaux. Au niveau des motorisations, Labourier affiche une certaine souplesse pour répondre au mieux aux besoins des clients. Ainsi, ses tracteurs sont motorisés aussi bien en Indenor, Perkins, et de façon marginale en Alsthom à refroidissement par air.

Avec son réseau de concessionnaires, la marque connaît un vrai succès en France avec ses 10000 tracteurs vendus entre 1950 et 1960.

Au milieu des années 60, le constructeur lance la gamme des PL 3, PL 4 et PL 6, suivis de près par la nouvelle gamme des PL 25 à PL 55 Z. Bien équipés, ces derniers permettent à la marque de maintenir une production de tracteurs agricoles jusqu’en 1978, et ce malgré une très rude concurrence.

La production des camions routiers est, quant à elle, abandonnée depuis la fin des années 60.

Note : Le sigle Labourier, orné d’un sapin et de deux épis d’orge, symbolise plus que jamais l’orientation forestière et agricole du constructeur.

Logo labourier

Conclusion

Labourier est assurément une marque à part dans le paysage français de l’utilitaire. Tout était fait maison ou presque puisque l’entreprise possédait sa propre fonderie et ses propres ateliers d’usinage.

La société Labourier, aujourd’hui spécialisée dans la fabrication d’engrenages et pignons, existe toujours.

L’amicale Labourier, quant à elle, préserve la mémoire de cette marque très prisée par les amateurs de vieilles soupapes.

Note : La plus grande collection de tracteurs Labourier ne se trouve pas en Franche-Comté mais dans le Gard, où la famille Imbert, viticulteurs depuis plusieurs générations, possède de nombreux modèles soigneusement restaurés.

En savoir plus

  • Charge Utile HS n°45, Les tracteurs Labourier
  • Charge Utile HS n°53, Les tracteurs Labourier (1957-1978)
  • Charge Utile HS n°73, Les camions Labourier