Mille Miglia 1957 : fin tragique pour une épreuve mythique  

Mille Miglia 1957 : fin tragique pour une épreuve mythique  


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Il est des courses qui restent à jamais gravées dans l’imaginaire des gens. Les Mille Miglia en est l’exemple type. Créée en 1927 , l’épreuve a rapidement acquis ses lettres de noblesse et devenir une épreuve incontournable du championnat du monde des marques. Mais le destin, la malchance ou peut-être la folie humaine ont fini en 1957 par causer la perte de celle que beaucoup considérait comme la plus belle course du monde.

Le début des Mille Miglia

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Nées dans les têtes du quatuor Canestrini, Castagneto, Maggi et Mazzoti afin de compenser la perte du GP d’Italie qui avait déménagé de Brescia à Monza, la première édition des Mille Miglia a vu le jour en 1927. Le parcours devait partir de Brescia pour y revenir après avoir fait un passage par Rome. La longueur de la course faisant environ 1600km soit 1000 Miles, c’est Mazzoti qui proposa de l’appeler Coppa delle Mille Miglia.

L’épreuve était ouverte à tous types de voitures mais surtout, privilègiait un savant mélange des genres, la Fiat de Mr Toulemonde pouvant se retrouver sur la trajectoire d’une voiture d’usine préparée pour la compétition. Dans un premier temps, ce sont les pilotes italiens qui se retrouvent au départ de la course et, pour la première, c’est une OM 665 « Superba » qui l’emporte devant deux voitures de la même marque. Rapidement, la règlementation change et, on ne retrouve que des voitures préparées pour parcourir l’épreuve sur une route pas forcément en bon état et surtout, pas toujours « vidée » de ses occupants habituels.

Très vite, l’épreuve s’internationalise et on commence à voir des marques étrangères y participer tout comme des pilotes de premier plan comme l’allemand Caracciola.

Le premier exploit est à mettre sur le compte de Tazio Nuvolari qui, en 1930, dépasse pour la première fois les 100km/h de moyenne sur son Alfa Romeo 6C.

1930 Tazio Nuvolari Alfa Romeo 6C 1750 GS Spider Zagato

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Les Mille Miglia vont subir un premier coup d’arrêt après l’édition de 1938. En effet, un grave accident va endeuiller l’épreuve quand une dizaine de spectateurs décèdent, percutés par une Lancia Aprilia. Pour 1940, la course n’ayant pas eu lieu en 1939, les organisateurs changent alors leur fusil d’épaule et décident de tracer un parcours entre Brescia, Cremone et Mantoue à parcourir 9 fois pour atteinde le chiffre clef des 1000 miles. En réalité, la course ne totalise qu’un peu moins de 1500km et s’appelle le Gran Premio Brescia delle Mille Miglia. C’est une BMW328 qui gagne cet ersatz des « vraies » Mille Miglia.

La guerre frappant alors l’Europe, on ne reverra pas l’épreuve avant plusieurs années.

C’est en 1947 que la course est relancée sur le parcours original. Mais c’est à partir des années 50 qu’elle va devenir un mythe avec une participation toujours plus internationale. L’exploit réalisé par Stirling Moss en 1955 en est l’illustration puisqu’au volant de sa Mercedes 300 SLR, il remporte l’épreuve en parcourant les 1618km à 157,65km/h de moyenne terminant l’épreuve avec plus d’une demi heure d’avance sur Juan Manuel Fangio.

1955 Moss/Jenkinson Mercedes 300 SLR

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1956 sourit à nouveau aux voitures et pilotes taliens puisque c’est Castellotti sur une Ferrari 290MM qui l’emporte.

Les spectateurs présents sur la ligne d’arrivée à Brescia, n’imaginent pas alors que leur épreuve favorite vient de vivre là son avant dernière année d’existence.

1957 : la dernière édition

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Depuis 1953, les Mille Miglia est une des épreuves comptant pour le championnat du monde des voitures de sport au même titre que les 24hrs du Mans ou les 1000km du Nürburgring.

Devant l’importance de l’enjeu, toutes les principales marques en lutte pour le titre sont présentes avec, néanmoins, un fort déséquilibre entre les équipes italiennes et le reste de la concurrence. C’est la course phare en Italie et il n’est pas question de laisser gagner des voitures ne portant pas le badge Ferrari, Maserati, Lancia, OSCA, Fiat ou Alfa Romeo pour ne citer que les favorites des diverses catégories.

Jaguar a fait le déplacement avec une Type D de l’Ecurie Ecosse confiée à Ron Flockhart tout comme Porsche qui présente plusieurs 550RS.

Ron Flockhart Jaguar Type D

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Umberto Maglioli Porsche 550 RS

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Les autres équipes étrangères n’ont pour seule ambition que de terminer la course et de remporter une victoire de classe ce qui ne sera pas facile face à la nuée de voitures italiennes inscrites au départ.

On retrouve ainsi quelques françaises, 203, 403, DS, Dauphine, 4CV ou autres DB, Alpine et Dyna. Mais aussi, des allemandes, 300SL, 507, Borgward ou 356 et des anglaises représentées par des Lotus XI, MGA, Austin Healey, TR3 ou XK120 notamment.

Quelques voitures plus « exotiques » sont également présentes comme une Ford Thunderbird, des Saab 93 ou la Caballo de Hierro MKII Chrysler du duo Miller/Harrison.

Paul Frère Dauphine

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Jean Claude Vidilles DB HBR

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Wisdom/Winby Austin Healey 100-6

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Mais les favorites pour la victoire se trouvent parmi toutes les Ferrari et Maserati engagées par l’usine ou à titre privé.

On y retrouve des 200S, 350S, 450S ou A6GCS pour la marque de Modène et 500TRC, 500 Mondial, 315 ou 335 Sport sans compter les nombreuses 250GT pour la marque de Maranello.

Moss/Jenkinson Maserati 450S

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Odoardo Govoni Maserati A6G CS

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Wolfgang Von Trips Ferrari 315 Sport

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Collins/ Klementaski Ferrari 335 Sport

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Cette 24ème édition des Mille Miglia a lieu les 11 et 12 mai 1957. Le départ, comme d’habitude, se fait de Brescia et une foule immense se presse pour voir les 391 inscrits s’élancer. Comme d’habitude, les voitures partent toutes les minutes, les plus lentes s’élançant en premier.

Dès le début de la course, les espoirs s’envolent en fumée pour Maserati puisque les « grosses » 350S et 450S abandonnent rapidement sur problèmes mécaniques. Behra, qui a détruit sa voiture avant même le départ de la course, n’étant pas là pour sauver la situation, seule la 300S de Scarlatti est capable de venir disputer à Ferrari la victoire finale.

Prompts à se mettre en action, Von Trips, Collins et Taruffi se portent en tête. De Portago, contrarié de devoir courir sur la 335S qu’il n’apprècie guère, voit Gendebien, très à l’aise sous ce temps humide, revenir sur lui au terme de l’étape Florence-Bologne. Voulant gagner quelques secondes, il fait l’impasse sur le changement de pneus prévu à Bologne alors que ses mécaniciens sont prêts et insistent pour le faire, constatant l’usure avancée de ceux-ci.

Ce sera là la dernière fois qu’ils verront De Portago et son coéquipier Nelson vivants.

Gendebien/Washer Ferrari 250GT LWB Scaglietti

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Quelques dizaines de kilomètres plus loin, peu après Mantoue, le pneu avant gauche de sa 335S éclate. La Ferrari quitte alors la route et fauche une partie de la foule massée sur les côtés.Le bilan est très lourd. De Portago et son copilote Nelson sont tués sur le coup et on dénombre 9 morts et une vingtaine de blessés parmi les spectateurs, une dixième victime s’ajoutant à la liste des personnes décédées lors de son séjour à l’hôpital.

De Portago et Enzo Ferrari et la Ferrari 335S n°531

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La 335S après l’accident

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La course n’est pas interrompue pour autant et c’est Piero Taruffi sur Ferrari 315 Sport n°535 qui, à 51 ans passé, remporte l’épreuve, lui qui en rêvait depuis toujours. Il devance son coéquipier de chez Ferrari Wolfgang Van Trips, de 3’01’’. Olivier Gendebien prend la 3ème place sur sa 250GT LWB Scaglietti.

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L’accident mortel dont a été victime De Portago, Nelson et la dizaine de spectateurs, dont plusieurs enfants, signe la fin définitive de l’épreuve. Les routes sont de moins en moins adaptées à la puissance croissante des voitures en course et les risques pris par les pilotes et spectateurs ne peuvent, à l’avenir, que multiplier ce genre de tragédie ce que personne ne souhaite.

En 1977 les Mille Miglia renaîssent de leurs cendres sous forme d’une course de régularité ouverte aux véhicules produits au plus tard en 1957. Une façon de continuer à faire vivre ce que beaucoup considère comme une épreuve mythique.

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Crédit photos : Veloce, Adolfo Orsi, Guissepe De Angelis, Autoworld, Archives Ferrari, Archives Mercedes, Autosport.