Panhard Dynavia

Panhard Dynavia : quand l’aérodynamisme investit le monde de l’automobile

Panhard a toujours été une marque à part dans la production française : un mélange d’avant-gardisme combiné a une certaine singularité. Quand, au salon de Paris 1948 la Dynavia est présentée au public, elle interpelle. Pas par sa motorisation, mais par sa silhouette fortement inspirée par l’aéronautique. C’est avant la deuxième guerre mondiale que le constructeur parisien commence à s’intéresser à l’aérodynamisme. La Dynavia est donc une suite logique de ses études. 

Louis Bionier : homme clef de l’histoire Panhard.

 Louis Bionier                          

Louis Bionier est né en 1898 à Alfortville. Autodidacte, il rentre chez Panhard & Levassor en 1915 comme ajusteur-outilleur. Ce sera le début d’une brillante et longue carrière au sein de la doyenne des marques automobiles françaises. 
En 1929, la direction lui confie la responsabilité des études carrosseries. Bionier va alors faire basculer Panhard dans le monde de la modernité en modifiant de façon considérable le design de la production du constructeur parisien.
Avec l’arrivée de la Panoramique puis de la Dynamic, il commence à explorer le domaine de l’aérodynamisme. Il offre aussi au conducteur une qualité de conduite supérieure grâce à une bien meilleure visibilité sur l’extérieur. 
Son élan va être interrompu brusquement par l’entrée en guerre de la France. L’ensemble du bureau d’étude de la marque déménageant à Tarbes, c’est de cette ville que Louis Bionier va continuer son travail et lancer différents projets dont celui baptisé VP6 qui deviendra la Dynavia.

La Dynavia, vedette du salon de Paris 1948.

La Dynavia, vedette du salon de Paris 1948.               

A la sortie du 2ème conflit mondial, l’heure est au rationnement. Panhard ne peut plus rester sur le créneau du haut de gamme qu’il occupait avant la guerre. Grâce à l’appui de l’Aluminium Français, qui étudie une petite voiture développée par Jean Albert Grégoire, Panhard trouve une planche de salut avec le lancement de la Dyna X. En parallèle, Bionier est chargé de mener à bien une étude de style dont l’objectif est d’élaborer une voiture avec un design nouveau en développant la notion d’aérodynamisme encore peu prise en compte dans l’automobile à cette époque mais déjà approché par Panhard avant la guerre.
Partant de son projet VP6 imaginé avant la fin du conflit, il va proposer un véhicule au design totalement nouveau privilégiant légèreté, pénétration dans l’air tout en gardant une fonction familiale et une grande sobriété.

La Dynavia et avion                             

Fortement influencé par le monde de l’aviation, mais également par le milieu animal, puisque Louis Bonier dira plus tard qu’il s’est inspiré des oiseaux et des poissons pour dessiner la carrosserie de la Dynavia, la voiture est présentée au salon de Paris de 1948.

La Dynavia, vedette du salon de Paris 1948

On découvre sur le stand Panhard une auto au profil bien différent de tout ce que l’on peut voir sur les stands voisins. La carrosserie, très allongée ressemble à une goutte d’eau. De plus, rien ne vient perturber la circulation de l’air. Pas de rétroviseur extérieur, de poignées de portes ou de phares proéminents venant empêcher une parfaite pénétration dans l’air. L’arrière est tellement effilé que le constructeur doit placer deux plaques d’immatriculation de chaque côté de la poupe.

La Dynavia arrière                         

Détail amusant, les plaques pivotent pour permettre à la roue de secours de prendre place dans le coffre. La carrosserie est faite en Duralinox, mélange d’aluminium, manganèse et magnésium. Son poids léger permet à la Dynavia de ne peser que 650kgrs.
Sa motorisation est confiée au petit bicylindre de 610cm3 de la Dyna X. Ses 28cv permettent quand même à la voiture d’atteindre les 130km/h, avec le conducteur à bord. Quand elle embarque les 4 personnes prévues, elle se limite alors à un bon 110km/h.
Ceci reste remarquable tout comme l’est sa consommation qui s’établit à 3,5l au 100km pour un parcours accomplit à une moyenne de 106km/h.

La Dynavia moteur                 

L’avant de la Dynavia fait preuve aussi de singularité puisqu’on y trouve un énorme projecteur central qui peut faire office de feu de route et d’antibrouillard. Les feux de croisement de marque Cibié sont eux aussi totalement innovants puisqu’ils sont plats et non éblouissants.
L’intérieur est plus classique. La forme étroite de la carrosserie laisse peu de place aux 4 personnes pouvant monter à bord. Heureusement, la large surface vitrée imaginée par Louis Bionier évite aux passagers de souffrir de claustrophobie. Le tableau de bord est nouveau et très spectaculaire avec, notamment deux gros compteurs posés presque à l’horizontal.

La Dynavia interieur

Après sa présentation à Paris, la Dynavia va être exposée au salon de Londres et à celui de Bruxelles en 1949. Un second prototype est construit. Si le premier est conservé par Panhard, le deuxième est vendu en 1952 à un concessionnaire de Grenoble. Pour répondre à la législation et pouvoir rouler sur route ouverte, l’avant est modifié de façon à intégrer deux phares qui remplacent les feux rectangulaires initiaux. Elle participe à quelques épreuves locales avant d’être détruite lors d’un accident. Sa trace est alors définitivement perdue.
L’exemplaire restant est conservé au Musée National de l’automobile de Mulhouse où la voiture a été restaurée et remise en route.

Épilogue.

A sa présentation, un Cx de 0,17 fut annoncé mettant ainsi en valeur le travail fait par Bionier au niveau de l’aérodynamisme. Une étude plus complète et avec des moyens modernes est faite en 1981 à l’Institut aérotechnique de St Cyr-l’école. Un Cx de 0,28 est alors trouvé. Ce résultat reste remarquable pour une voiture produite à la sortie de la guerre et valide bien le travail fait. 
Même s’il n’y a pas eu de suite industrielle à la Dynavia, elle sera l’élément premier de toutes les productions qui suivront à commencer par la Dyna Z.
La 24CT sera la dernière voiture étudiée par Louis Bionier pour Panhard. Après le rachat par Citroën en 1965, il sera chargé de moderniser la 2CV ce qui débouchera sur la Dyane.

La Dynavia avant                             

Crédit photos : Pinterest, Panhard, Wikipédia.


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