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Phil Hill : Premier pilote américain champion du monde de Formule 1.

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Quand on parle des Hill, on pense en priorité à Graham champion du monde de Formule 1 en 62 et 68 ou à son fils Damon couronné en 96. Mais dans l’histoire de la F1, le premier des Hill qui fit parler de lui fut Phil Hill. Ce n’est pas forcément le plus connu des trois ce qui nous donne une bonne raison de parler de lui et de se rappeler les exploits du champion américain, aussi à l’aise en voiture de sport qu’en monoplace. 

Le mécanicien devient pilote.

Avant même de parler de sa carrière, il est important de bien noter qu’aucun lien de parenté ne lie Phil Hill aux deux anglais père et fils. C’est souvent cette homonymie fortuite qui a régulièrement entrainé la confusion dans l’esprit des gens et assimilé l’américain à la famille des deux anglais. 
Phil Hill est né à Miami le 20 avril 1927. Plutôt attiré par la mécanique que par le pilotage, c’est en travaillant sur les nombreuses voitures anglaises rapatriées par le GI’s une fois ceux-ci démobilisés qu’il devient vite un spécialiste des carburateurs SU. 

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Même si ce n’est pas sa vocation première, ce n’est pas une surprise de le voir rapidement derrière le volant. C’est sur une MG TC qu’il fait ses armes et gagne ses premières courses avant de courir sur une XK120 avec laquelle il cumule les bons résultats. En 1952, il enclanche la vitesse supérieure. On le retrouve au volant d’une Ferrari 212 Export à la Panaméricana où il termine 6ème puis au volant d’une Jaguar Type C à Watkins Glen, Elkhart Lake ou Torrey Pines, enchaînant les bonnes performances.
Mais c’est durant les deux saisons suivantes que l’américain démontre ses qualités de pilote aux yeux de tous. Il participe pour la première fois aux 24 hrs du Mans au volant d’une Osca MT4 mais doit abandonner. Au volant d’une Ferrari 250MM, il remporte quelques courses avant de participer une nouvelle fois à la Panaméricana avec comme co pilote Richie Ginther au volant d’une Ferrari 340 Mexico, mais il doit abandonner sur sortie de route. 

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Peu importe, les deux compères se partagent à nouveau le volant en 1954 sur cette même épreuve au volant d’une 375MM et terminent à la seconde place après avoir gagné plusieurs étapes. 

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Il débute 1955 de la meilleure façon qu’il soit avec une 2ème place sur 750 Monza aux 12hrs de Sebring suivi d’une victoire à Pebble Beach. Alors qu’il est sur le point de s’engager pour les 24hrs du Mans sur une 750 privée, Enzo Ferrari lui propose de lui confier une de ses voitures d’usine pour l’épreuve mancelle.

7 années chez Ferrari.

C’est alors le début d’une collaboration avec la scudéria qui lui apportera ses plus beaux succès en sport prototypes comme en Formule 1.

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C’est sur une Ferrari 121 LM que le duo Hill/Maglioli se présente au départ des 24hrs. Malheureusement , victimes d’ennuis mécaniques, ils abandonnent à la 6ème heure. 
La saison se poursuit chez des écuries privées sur 750 Monza ou sur la 857S du team de Luigi Chinetti avec laquelle il termine sa saison par une belle victoire à Nassau.
C’est toujours en Formule Sport que Hill poursuit son expérience Ferrari en 1956.
Sur 857S, il termine 2ème des 1000km de Bueno Aires et 5ème des 1000km de Paris avec De Portago comme coéquipier. 

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Avec une 290MM  il termine troisième au Nürburgring avant de finir l’année en beauté pour la Scuderia en gagnant le GP de Suède sur cette même voiture avec Trintignant à ses côtés ainsi que les 5hrs de Messine sur une 500TR.
Entre temps , il a pu faire quelques piges dans des équipes américaines terminant entre autre 2ème à Pebble Beach sur une 860 Monza ou 2ème à Palm Springs sur 857S.
1957 sera une année décevante pour l’américain avec des abandons à Sebring et au Mans, ces deux contre performances étant contre balancées pour la scuderia par une victoire au GP du Venezuela et une 2ème place en Suède sur 335 Sport. 
1958 sera, à l’opposé de la précedente, une année faste pour Phil Hill. Toujours pour la Scuderia, sur Ferrari 250TR et avec Peter Collins comme coéquipier, il gagne les 1000km de Bueno-Aires, les 12 hrs de Sebring et termine 4ème de la Targa Florio. Avec Musso, il est 4ème des 1000km du Nürburgring. Mais sa plus grande victoire, c’est avec Olivier Gendebien qu’il l’obtient en gagnant les 24 hrs du Mans toujours sur une 250TR. C’est dans des conditions difficiles, des trombes d’eau tombant pendant la course, que les 2 pilotes dominent les écuries anglaises Aston-Martin et Jaguar vainqueur les trois années précédentes.

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Fort de ses résultats, l’américain espère voir Enzo Ferrari lui confier une Formule 1 pour l’année suivante. Malheureusement ce n’est pas le cas et Hill doit accepter une proposition de son ami Joakim Bonnier pour courir son premier GP de Formule 1 au volant d’une............ Maserati. Après une course sérieuse, il termine 7ème. Pas si mal pour un début sur une voiture privée, loin en performances des voitures usines.
Ce sont de tristes circonstances qui vont permettrent au pilote d’occuper le baquet de la Dino 246 de l’équipe italienne. En effet, coup sur coup, Musso et Collins trouvent la mort lors de deux accidents, ouvrant à Hill une place en F1. Il joue parfaitement son rôle de deuxième pilote en aidant Hawthorn à gagner le championnat en terminant 3ème à Monza et 3ème au Maroc.

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Les deux années suivantes,toujours pour Ferrari, seront des années faites de hauts et de bas. C’est pour l’américain l’occasion de perfectionner son pilotage au volant d’une Ferrari à moteur avant qui a fort à faire pour contenir les voitures à moteur arrière, Cooper en tête. 
Quelques podiums lui pemettent de marquer 20 points en 59 et 16 points en 60. Mais surtout, c’est en 1960 qu’il remporte sa première victoire en monoplace en gagnant le GP d’Italie signant là, la  dernière victoire d’une monoplace à moteur avant en Formule 1. Il est juste cependant de préciser que pour des raisons de changement de tracé du circuit, les organisateurs ayant décidé d’inclure l’anneau de vitesse pour le GP,  les écuries anglaises ont déclaré forfait et c’est face à une concurrence anémique que Phil Hill l’emporte devant Richie Ginther également sur Ferrari.


En endurance, l’année commence par une victoire à Sebring même si il doit finir la course sur la voiture de Gurney, la sienne ayant subit des problèmes mécaniques alors qu’il était en tête en compagnie de Gendebien. Il termine 2ème au Nürburgring et 3ème au Tourist Trophy où, là aussi, il doit changer de monture durant l’épreuve. 
Au 24hrs du Mans, il ne peut renouveller sa victoire de 58 devant abandonner sur incident mécanique alors qu’Aston Martin l’emporte et se dirige vers le titre mondial.
Il ne fait pas mieux en 1960 puisqu’une seule victoire aux 1000km de Bueno Aires vient alimenter son palmarès. Au Mans, c’est sur une stupide panne d’essence que la Ferrari du duo Von Trips/Hill est contrainte à l’abandon au bout de seulement 22 tours. 
Heureusement 1961 sera l’année de tous les succès. Tour d’abord en F1 où avec sa 156 il remporte le titre mondial en gagnant en Belgique et en Italie totalisant 34 points au classement final devançant ainsi d’un petit point son équipier Wolfgang von Trips. Cependant, ce succès lui laisse un goût amère car l’allemand s’est tué lors de l’avant dernier GP de la saison à Monza victime d’un accrochage avec la Lotus de Jim Clark. Il avait à ce moment là 4 points d’avance sur l’américain et avait signé la pôle position. 

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Hill a parfaitement conscience qu’il lui aurait été difficile à la régulière de devancer au final son coéquipier. Le sort en a décidé autrement. La Scuderia déclare forfait pour le dernier GP de la saison à Watkins Glen n’ayant pas le coeur à fêter son titre et surtout, n’ayant aucun risque de le perdre lors de cette dernière manche, l’avance de Hill sur Stirling Moss ne permettant plus à l’anglais de le devancer au classement final.
En endurance, l’américain gagne les 12hrs de Sebring en début d’année en compagnie d’Olivier Gendebien et ils remettent ça aux 24hrs du Mans où leur Ferrari 250 TRI l’emporte devant celle de Mairesse/Parkes.

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Malheureusement pour lui, 1962 ne confirmera pas son 1er titre. Fidèle à la Scuderia, la 156 se trouve vite dépassée par les BRM et autre Lotus. De plus, des querelles internes poussant Tavoni, Chiti et Bizzarini à quitter la scuderia, l’américain se retrouve isolé face à la nouvelle équipe mise en place et doit se contenter de 14 petits points en fin de saison bien loin d’un 2ème titre.
Heureusement, la saison en catégorie Sport est bien meilleure. C’est avec deux 2ème places à Daytona et Sebring que Hill débute sa saison. Il enchaîne ensuite sur une victoire aux 1000km du Nürburgring avec son compère Gendebien au volant d’une 246 SP. Mais c’est aux 24hrs du Mans qu’il remporte sa plus belle victoire de l’année en gagnant l’épreuve, toujours associé au belge, au volant d’une 330 TRI/LM Spyder conçue spécialement pour cette course. 

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En route pour de nouvelles aventures.

Ne trouvant plus son compte chez Ferrari, Phil Hill décide de rejoindre l’écurie ATS fondée par les ex Ferrari Chiti and co. C’est une saison catastrophique que l’américain va vivre dans sa nouvelle équipe. La voiture n’est pas performante et manque cruellement de fiabilité. Il ne marque aucun point au championnat tout comme son coéquipier Giancarlo Baghetti. Ce ne sera pas mieux en endurance puisqu’il termine loin des premières places aux 12 hrs de Sebring sur une Shelby Cobra et doit abandonner au Mans sur l’Aston Martin DP215.

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La saison 64 ne sera guère meilleure que la précédente. Engagé chez Cooper en F1, l’américain ne réussit à glaner qu’un point en championnat au GP d’Angleterre. En catégorie Sports, il court sur plusieurs montures. Il entame la saison par une belle victoire sur une 250 GTO du NART au 2000km de Daytona 

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avant de terminer 6ème à Sebring, partageant pour l’occasion le volant d’une Shelby Cobra engagée par Ford France avec Jo Schlesser. Il doit abandonner aux 1000km du Nürburgring et aux 24hrs du Mans sur une Ford GT40 qui est en cours de développement et manque de fiabilité.

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Ses piètres résultats en F1 et son âge avançant, Phil Hill décide de se consacrer exclusivement à l’endurance et  reste pour l’année 65 chez Ford où il court alternativement sur GT40, Ford MKII et Shelby Cobra roadster ou Daytona Coupé. Les résultats ne sont toujours pas à la hauteur, la plupart de ses courses se terminant par un abandon.

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C’est alors qu’il décide pour ses deux dernières années sur la piste de passer dans le camp de l‘adversaire en s’engageant avec Chaparral alors dans le giron de la toute puissante General Motors. 
Sur la Chaparral 2D, il brille aux essais mais est souvent contraint à l’abandon, la fiabilité n’étant pas le point fort des voitures de Jim Hall. Cependant, il gagne aux 1000km du Nürburgring offrant à la marque une reconnaissance internationale. Il doit malheureusement abandonner aux 24hrs du Mans après un très bon début de course sur un problème de batterie.

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Il participe aussi au championnat CAN-AM au volant de la Chaparral 2E avec laquelle il termine 2ème à Mosport et 1er dans son quasi jardin à Laguna Seca.
Pour Phil Hill, 1967 sera sa dernière année en compétition. Le manque de fiabilité de sa Chaparral 2F lui causera de nombreux abandons, de Daytona au Mans où sur une voiture très performante, il doit quitter la course sur un problème d’aileron.
Il participe à La Targa Florio avec Hap Sharp co-fondateur de Chaparral comme coéquipier. Après un bon début de course, ils abandonnent sur crevaison.

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C’est en Angleterre que Phil Hill en duo avec Mike Spence remporte sa dernière victoire sur la 2F aux 6hrs de Brands Hatch devançant pour l’occasion la Ferrari 330P4 d’Amon/Stewart. 


Pour l’américain, il est l’heure alors de se retirer et de prendre une retraite que l’on peut qualifier de bien méritée. Il entame alors une longue collaboration avec le magazine Road and Track, et crée, début des années 70, une société spécialisée dans la restauration de voitures anciennes du côté de Santa Monica. Ce sera pour lui l’opportunité de participer à de nombreuses manifestations, notamment en France où on le verra au Mans Classic ou sur les routes du Tour Auto.

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Avec son titre de champion du monde de F1, il est à jamais le premier américain à avoir remporter ce championnat et, pour beaucoup, il est considéré comme un des pilotes les plus rapides et fiables des courses d’endurance des années 50/60, ses trois victoires aux 24hrs du Mans étant là pour en témoigner.
Il décède en 2008 à Salinas à l’âge de 81 ans.

Crédit photos. Motorsport, Pinterest, Concept Carz, Sport and cardigest, Annuel de l’automobile, Veloce today, MC