Rallye Monte-Carlo 1966

Rallye Monte-Carlo 1966 : une histoire de phares à iode.

Rallye Monte-Carlo 1966

S’il y a bien une année où le Rallye de Monte-Carlo a laissé perplexe et sur leur faim bon nombre d’aficionados de l’épreuve, ce fut 1966. En effet, la domination du Team BMC avec ses imbattables B.M.C Cooper et leurs finlandais volants comme pilotes fut telle qu’il fut difficile au public d’admettre au final que la victoire revienne à la DS21 de Pauli Toivonen pour une sombre (sans jeu de mot) histoire d’éclairage non conforme des petites anglaises.

Les Cooper S, voitures à (a)battre

Rallye Monte-Carlo 1966

Vainqueurs lors des deux éditions précédentes, les Mini Cooper S font encore figure de grandes favorites de cette nouvelle édition du rallye le plus célèbre du monde. Le team BMC fait à nouveau confiance au vainqueur de l’année précédente, Timo Mäkinen, mais aussi à Paddy Hopkirk vainqueur en 64 et à Rauno Aaltonen réputé pour son aisance sur la neige.

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Pour leur barrer la route, l’opposition viendra surtout des Ford Cortina de Roger Clark, Vic Elford et Bo Ljungfeldt, d’une armada de DS 19 et 21 avec Pauli Toivonen, Bob Neyret et Guy Verrier derrière le volant, des performantes Porsche 911 menées par Klass et Schlesser, des Lancia Flavia Coupé et Fulvia, de quelques Ford Mustang dont celle d’Henri Greder, voir d’une Ferrari 275GTB même si pas forcément à l’aise sur les routes enneigées de l’arrière-pays niçois.

Rallye Monte-Carlo 1966

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Parmi les autres équipages engagés, un d’entre eux deviendra célèbre par la suite puisqu’on retrouve sur une Matra Djet JP Jaussaud et Henri Pescarolo.

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La course

Ce sont 197 équipages qui s’élancent le 14 janvier 1966 de 7 villes, point de départ du parcours de concentration. Lisbonne, Monte-Carlo, Londres, Reims, Oslo, Varsovie et Athènes voient s’élancer un à un les concurrents avec pour objectif de relier la principauté après un trajet de quelques 3000 kilomètres pour le plus long d’entre eux.
Les voitures sont réparties en trois groupes : Groupe I, voitures de Tourisme et de série fabriquées à 5000 ex sur 12 mois, Groupe II, voitures de tourisme (1000ex) et Groupe III, voitures de Grand Tourisme (500ex). Une répartition par classe est aussi prévue au niveau de chaque groupe.
Un seul incident notoire marquera cette première partie de l’épreuve. L’équipage espagnol Pampyn/Taravilla sur Fiat quitte la route à proximité d’Uzès et percute un poteau de signalisation puis un arbre. L’équipage décède dans l’accident.
C’est près de 160 voitures qui vont s’affronter sur le parcours commun Monaco-Chambery-Monaco.
5 secteurs chronométrés sont au programme de la journée. Après un premier secteur rapide et sec ou la Porsche de Klass s’impose, Makinen va prendre le lead de la course dès la seconde épreuve, la neige abondante lui permettant d’imposer sa Mini Cooper S.

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Le Finlandais va enfoncer le clou dans l’épreuve de la Chartreuse avant de laisser Elford sur sa 911 l’emporter dans la rapide montée du Mont Ventoux. La dernière spéciale de la journée sur une route rapide et sèche va tomber dans l’escarcelle de Schlesser qui domine Klass et Greder sur sa Mustang.

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À l’issue de ces 5 premières spéciales, Makinen est en tête et précède son équipier Aaltonen sur une autre mini 1300S. La Cortina de Ljungfeldt complète le podium.

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A ce moment-là du rallye, Toivonen pointe à la 10ème place du général à plus de 5 minutes de la tête de course.
La boucle de nuit, ponctuée par 6 spéciales chronométrées dont deux fois le Turini, ne va que confirmer la supériorité des Mini. Même si Klass et Schlesser apportent à la 911 trois nouvelles victoires, ce sont les Mini qui, au cumul des temps scratch, arrivent en tête de cette dure nuit.
Au classement général final, ce sont trois Mini Cooper S qui prennent les trois premières places, Makinen devançant Aaltonen et Hopkirk, Roger Clark et sa Cortina échouant au pied du podium. Toivonen est remonté à une belle 5ème place, mais loin des voitures anglaises.

Rallye Monte-Carlo 1966

Rallye Monte-Carlo 1966

Le règlement, c’est le règlement

Dès la fin de l’étape, les voitures sont mises en parc fermé et sont soumises à vérifications. Alors que, depuis le début du rallye un bruit courrait que les Mini n’étaient pas conformes, tout comme certaines Cortina ou Hillman, la sanction tombe, les 4 premiers du classement général sont disqualifiés.
En effet, et sur une intervention de la police, les organisateurs constatent que les voitures anglaises ont remplacé leurs projecteurs classiques par des phares à iode ce qui les empêche de passer de phare à code. L’annexe J du code sportif international interdisant un tel montage, les voitures concernées sont déclarées non conformes.
Stuart Turner et Henry Taylor directeurs de course de B.M.C et Ford auront beau souligner que ce montage est autorisé en Angleterre et que toutes les voitures ont été contrôlées avant le départ, rien n’y fera. Arguant qu’il est impossible de vérifier dans le détail toutes les voitures avant de les autoriser à prendre le départ, la direction de course se retranche derrière le règlement que nul n’est censé ignorer.
La DS21 de Toivonen est ainsi déclarée vainqueur du rallye devant les deux Lancia Flavia de Trautmann et Andersson.

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Nul doute que laisser le rallye se dérouler comme si de rien n’était alors que tout le monde connaissait le problème ne fut pas la meilleure des décisions prisent par les organisateurs. Il eut sans doute été plus raisonnable de contrôler beaucoup plus sévèrement les voitures avant le départ et demander à celles non conformes de pallier le problème. Cela aurait évité cet imbroglio final et de plus, cela n’aurait pas laissé planer comme un soupçon de favoritisme au profit de l’équipe française même si ce ne fut pas elle qui porta réclamation et qu’elle reconnut d’ailleurs, très sportivement, qu’avec ou sans phares à iode, les Mini étaient au-dessus du lot et ne pouvaient être battues.
Les petites anglaises prendront leur revanche l’année suivante avec Rauno Aaltonen comme vainqueur.

 

Crédit photos : Citroën archives, B.M.C Archives, Pinterest, WordPress, Forum Auto, Michelin.