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Un châssis, une histoire: Lola T70 MkIIIB Chevrolet, Châssis #SL76/139

Un châssis, une histoire: Lola T70 MkIIIB Chevrolet, Châssis #SL76/139

Un châssis, une histoire 

Lola T70 MkIIIB Chevrolet 
Châssis #SL76/139

Roger Penske, Mark Donohue et Sunoco : 

Roger Penske, un nom qui en dit long. Si en Europe, il n'est pas impossible que ce nom-là ne vous dise rien, il est inévitable aux Etats-Unis. Inévitable et incontournable. Roger Penske est bien plus qu’une simple figure du sport automobile américain : il l’incarne. La course, c’est lui, celui qu’on surnomme le “Captain”. Une carrière de pilote talentueux, un business man habile, un manager hors pair… Penske est synonyme de succès, succès qui en sport automobile rime avec victoire. Passionné, il s’est lancé dans le grand bain en 1958, comme pilote, puis en 1966, comme Team Manager. 54 ans et 37 titres de championnats nationaux plus tard, Penske domine toujours. Dans un cas comme celui-ci, on pourrait aisément parler de logique. Mais reprenons depuis le début, plus précisément depuis sa première (et seule) victoire aux 24 Heures de Daytona. Car si le “Captain” fut et demeure quasi-intouchable dans bon nombre de disciplines, l’endurance lui a toujours donné du fil à retordre.

Roger Penske & Mark Donohue

En tant que bon, très bon businessman, Penske abandonne sa carrière de pilote en 1965 pour se consacrer à sa première entreprise. Ce projet n’étant autre qu’une concession Chevrolet de Philadelphie, Roger Penske revient très rapidement sur les circuits. Il monte sa propre écurie et engage logiquement une Corvette aux 24 Heures de Daytona 1966 ainsi qu’aux 12 Heures de Sebring. Ses premières participations se soldent par deux succès : le Team Penske l’emporte en GT. Alors rouge, la Corvette va très vite tourner au bleu. Sunoco devient le sponsor principal durant la saison 1966, et la combinaison de couleur bleu foncé / jaune vif entre instantanément dans l’histoire du sport auto. N’importe quel amateur de sport automobile pourra acquiescer : cette livrée fait autant partie de la légende que Roger Penske lui-même. Avec ces couleurs, les autos du Team Penske seront reconnaissables parmi toutes les autres. Mais pas encore imbattable. Il manque le dernier jalon, le troisième pilier : le pilote. Aux funérailles du regretté Hansgen, décédé en essais de la Ford J au Mans, Penske y rencontre son ex-coéquipier. Ce dernier se nomme Mark Neary Donohue Jr., ou Mark Donohue si vous préférez. Penske lui propose donc un volant (après tout, nous sommes bien aux funérailles d’un pilote…) et Mark le lui rendra bien. La T70 bleue et jaune remporte trois victoires (United States Road Racing & Can-Am) et décroche le titre l’année suivante (USRRC). En résumé, Donohue pour Penske ça sera : trois titres en Tran-Am, la première victoire du Team aux 500 miles d’Indianapolis et un titre Can-Am en 1973 sur les mythiques Porsche 917/30. 
Le Team Penske c’est donc un tout : un homme (Roger Penske), des couleurs (Sunoco) et un pilote (Mark Donohue). Indispensables, les trois sont aussi indissociables et leur association, victorieuse. 

Lola T70 (6)


Une voiture, une course, une victoire


Une association fructueuse. Une équipe victorieuse. C’était certainement ce qui manquait à la Lola T70 pour connaître son heure de gloire, dans une grande épreuve d’endurance. Ne vous méprenez pas, la T70 était très, très, très loin d’être une mauvaise voiture. En encore moins une voiture “qui-n’a-jamais-rien-gagné”. La T70, sous ses différentes formes, a connu la victoire. Le meilleur exemple reste certainement le titre Can-Am en 1966 avec John Surtees. Mais la dure réalité qu’imposaient les grands constructeurs aux petits fabricants a eu raison de la Lola dans les grandes épreuves. Elle était d’une conception remarquable, intelligente à l’image de ses concepteurs, Eric Broadlley et Tony Southgate. Ayant été à l’origine de la GT40, Broadley connaissait bien son sujet. Créer une auto de course performante n’était pas une épreuve, cela s’apparentait davantage à un défi. Son moteur puissant pouvait se battre avec les plus “grosses” autos, mais sa fiabilité restera son plus grand défaut. Quoique aujourd’hui, le problème n’existe plus. Elle jouit aujourd’hui d’un succès rêvé dans sa jeunesse. C’était l’une des grandes questions qui me trottait dans la tête, plus jeune, à la vue des rythmes qu’elles affichaient - et qu’elles affichent toujours d’ailleurs - en course historique : “Ont-elles vraiment gagné quelque chose à l’époque ?”. J’entends par là des victoires au général.

Lola T70 (7)

Oui. Elles ont gagné. C’est plus précisément une auto. Une voiture a eu cette chance. Ce n’était pourtant pas gagné. Retour sur ces 24 Heures, qui ont glorifié l’histoire d’une voiture cantonnée au second rôle. 

Lola T70 (4)

24 Heures de Daytona 1969. Le sphère mondiale du sport automobile est réunie sur le circuit de Daytona en Floride. On annonce Porsche comme grand favoris. Vainqueur écrasant l’année précédente, Porsche devrait logiquement récidiver. La firme de Stuttgart aligne - seulement - cinq 908. Ford ? à peine deux GT40, confiées évidemment à John Wyer et son équipe. Ferrari n’est présent que par le biais de Luigi Chinetti avec deux autos. Alfa Romeo engage une T33/2 et Matra une 630. Autant dire qu’il y’a de quoi faire, et que les outsiders sont bien présents. Quant aux T70, personne ne les voit jouer aux avants-postes, bien qu’on connaît leur potentiel. C’est dans cette optique que le Team Penske va opter pour une stratégie intelligente. La Lola a signé le deuxième temps durant les qualifications. Mais conscient des risques de problèmes techniques, l’objectif est clair : démarrer calmement pour être à l’arrivée. Le départ est donné le 1er Février à 15h, et dès les premières minutes, Mark Donohue semble avoir totalement oublié le plan. La Lola s’installe en quatrième position, mais pas pour longtemps. Un soucis de réservoir vient gâcher un début de course tonitruant. Ne pouvant utiliser que la moitié de ce dernier, la Lola devra s’arrêter deux fois plus que prévu. Les chances de victoire s’amincissent et le reste de la course s’annonce compliqué. La T70 Sunoco va toutefois tenir le rythme jusqu’à la tombée de la nuit. Donohue détecte une fumée suspecte s’échapper de l’arrière. Il s’arrête. Le Team démonte l’échappement et, sans pièces de rechanges (!), effectue une réparation de fortune. 19 minutes sont perdues et près de 40 tours sur le leader. Au milieu de la nuit, la T70 parvient à remonter en 7ème position, restant tout de même à 44 tours. Enfin, on connaît tous le dicton : “jamais deux sans trois”. C’est donc vers 7h du matin qu’apparaît un nouveau soucis, de moteur cette fois-ci. 7 autres minutes s’envolent. La Lola, fidèle à sa réputation, accumule les problèmes. Mais Penske connaît la chanson : en endurance, les problèmes touchent tout le monde. L’important c’est de rester dans la course. En un peu plus d’une heure, la Lola remonte en troisième position. Le rapide Mark Donohue use de son talent pour revenir dans la course, à la suite de quoi l’équipe applique la stratégie de début de course et préserve l’auto. À 15 heures le dimanche, SL76/139 franchit la ligne à la première place. Le Team Penske remporte les 24 Heures de Daytona malgré 2 heures 10 minutes et 12 secondes au stand. La T70 boucle 626 tours, donc 30 d’avance sur la deuxième voiture, qui n’est autre qu’une.. T70 ! Avec ce doublé, Lola bat Porsche, Ford, Ferrari, Alfa Romeo et Matra, le tout sur une course de 24 heures. La T70 entre définitivement dans la légende, Penske aussi. 

Lola T70 (3)Lola T70 (8)

Des 16 exemplaires MkIIIB produits, beaucoup ont gagné. La T70 reste l’une des autos les plus victorieuses des années 60, bien qu’elle n’ait battu qu’une seule fois les monstres usines de l’époque. Emblématique des sports protos de la fin des années 60, la T70 demeure l’une des plus belles. #SL76/139 est certainement le châssis le plus important de cette production, assumant à lui seul l’image et la réputation de cette icône de la course. Elle a poursuivi sa carrière avec le Team Penske avant de passer entre les mains de collectionneurs divers. Restaurée il y’a peu, elle fait désormais partie de l’impressionnante collection de James Glickenhaus. Et c’est tout sauf un hasard.

Article écrit par Antoine Jimenez

Crédits photos: Pinterest, Flickr, Nigel Smuckatelli 

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