Mecanicus utilise les cookies afin d'améliorer votre expérience utilisateur et proposer du contenu publicitaire adapté. En cliquant sur Accepter, vous validez cette utilisation. Plus d'infos en cliquant ici

Une nuit en enfer avec la Matra M630…

Une nuit en enfer avec la Matra M630…

La 36ème édition des 24H du Mans

Alors que le Covid-19 sévit toujours, les évènements automobiles se voient décalés ou annulés. Dans ce contexte, nos chères 24 Heures du Mans auront lieu les 19 et 20 Septembre. 

Ce n’est pas une première dans l’histoire. Rappelez-vous, en 1968, les évènements du mois de Mai avaient repoussé le double tour d’horloge sarthois… en Automne, du 28 au 29 Septembre. Cette même édition, la 36ème, allait rester dans les annales pour une bonne raison.
Dans l’impitoyable et sombre nuit des 24 Heures du Mans, celle qui ne pardonne aucun faux-pas, un homme allait devenir héros, celui d’une nation rassemblée derrière les couleurs d’un constructeur français avant-gardiste aux ambitions démesurées.

Les 24 Heures du Mans 1968 marquent la troisième participation de l’équipe française Matra Sport. Lancée dans une course à la victoire par son jeune dirigeant, Jean-Luc Lagardère, arrivé aux commandes en 1963 à seulement 35 ans, Matra continue sa progression. Les crus 1966 et 1967 se sont soldés par deux abandons. Rien d’extravagant, rien de très palpitant. En monoplace, les succès en F3 et F2 sont en revanche très encourageants ; à tel point qu’en 1968, Matra fait le grand saut et débarque dans la catégorie reine. 1968, c’est l’année du changement pour les jeunes français révoltés armés de pavés parisiens. 1968 sera également l’année du changement pour Matra. Jackie Stewart remportera trois victoires au volant de la très performante MS10, de quoi prendre la jeune firme française et son audacieux berger au sérieux. 

La Matra M630

Cette année, une seule Matra est engagée au Mans. Le changement de date des 24 Heures avait, en effet, rendu le calendrier très (trop) chargé pour Matra. Le Grand-Prix du Canada et le Grand-Prix des Etats-Unis, où était engagé Jean-Pierre Beltoise, avait obligé le coq à diviser ses forces. La seule “bleue”, une M630, fut confiée au Champion de France F3 1966, Johnny Servoz-Gavin – grand espoir du sport automobile de l’époque – ainsi qu’à Henri Pescarolo.

Inscrite dans la catégorie des Prototypes de 2.0 litres, la française allait avoir pour adversaire principal une belle armada d’Alfa Romeo Tipo 33. Les Porsche 908, en 3.0 et les Ford GT40 en Sport étaient certainement intouchables pour la Matra. Les qualifications allaient toutefois nous donner tort. 

L’équipage franco-français boucla son tour le plus rapide en 3.41.800, synonyme de cinquième temps, à six secondes de la pôle de Siffert/Herrmann. La Matra s’était littéralement placée en plein coeur du conflit Porsche/Ford. À sa droite s’élancera la GT40 “Gulf Wyer” n°9 de Pedro Rodriguez et Lucien Bianchi, tandis qu’à sa gauche s’élancera la deuxième des trois GT40 “Gulf Wyer”, n°10 de Hawkins/Hobbs, elle-même talonnée par la quatrième 908 usine de Patrick et Buzzeta. La première des Tipo 33 – celle des très habiles Vaccarella/Baghetti allait quant à elle s’élancer de la 14ème position. 

Le fabuleux – par le son – et ambitieux – par les performances – V12 Matra faisait sa première apparition au Mans. Monté dans la MS10 de Beltoise à Monaco, il avait donné satisfaction aux Pays-Bas à ce même Beltoise, terminant second derrière l’inévitable Stewart.
Au Mans, il allait enthousiasmer les spectateurs et permettre aux supporters français de suivre la Matra des oreilles. Cela s’avèrera très utile pour reconnaître la 630 dans la nuit, cette fameuse nuit.

Une courte nuit... Qui paraît si longue !

Aux 24 Heures du Mans, la nuit est courte. Le soleil se couche tard. Le soleil se lève tôt. Mais la nuit des 24 Heures peut s’avérer longue, très longue… C’est souvent au coeur de cette dernière que les premiers ennuis pointent le bout de leur nez. La nuit est au Mans ce que le Boxing Day est au Football anglo-saxon.
On dit souvent que l’on ne gagne pas le titre durant le Boxing Day, mais que l’on peut le perdre. Au Mans, c’est pareil. On ne gagne pas les 24 Heures dans la nuit, mais on peut les perdre. Cette année-là, sur le circuit de la Sarthe, la nuit tombe… Et elle n’est pas seule : des trombes d’eaux l’accompagnent, narguant les plus craintifs et les moins expérimentés. 

La Matra n’a pas eu un début de course facile : la pluie est venue jouer les trouble-fête dès les premiers tours. Pas insurmontable, diriez-vous. Sauf que l’essuie-glace fait des siennes et la Matra perd du temps. Ce petit soucis leur coûte cher.
La pluie se calme finalement, et la piste finit par sécher, les deux Champions de France F3 (1966 et 1967) vont donc rouler, rouler fort pour rattraper le temps perdu. Aux alentours de minuit, la Matra est seule en deuxième position. Les adversaires ont tous connu divers problèmes. Personne n’est épargné au Mans. Henri Pescarolo se repose, Johnny Servoz-Gavin est au volant. Enfin presque…
La pluie tombe, Servoz-Gavin s’arrête. Il livre ses impressions : l’essuie-glace ne fonctionne pas. Les mécanos de l’équipe Matra Sport tente de le bricoler. Il repart, puis s’arrête à nouveau. Rien à faire. Impossible, selon lui, de continuer dans ces conditions. Jean-Luc Lagardère va alors réveiller Henri et lui explique la situation. Réparer l’essuie-glace ? Impossible, ils y perdraient trop de temps. Henri n’est pas du genre à lâcher le morceau. “Ça serait trop con de rester au stand pour une connerie pareille…” dit-il. Lagardère l’avertit, mais Henri veut essayer. Coiffé de son casque vert, il monte dans la Matra. Les mécanos sont abasourdis… Il ne va quand même pas le faire ? 

Le capot est remis en place et le V12 reprend son souffle. C’est parti, Henri va faire un tour, prendre ses marques, se réveiller, avant d’être arrêté par le stand. On lui demande alors si ça va. Agacé, il claque la porte et repart. Bien-sûr que ça va.
En fait, il ne voit pratiquement rien dans la voiture. Il en dira : “Je suis parti en me disant que chaque tour pouvait être le dernier, parce qu’il paraissait impossible de conduire dans ces conditions. Lorsque je rattrapais une voiture, je voyais vaguement ses feux arrière rouges dans les projections d’eau et j’étais incapable de me rendre compte si elle allait à droite, à gauche ou au milieu. Si je me trompais de côté pour la doubler, je me retrouvais dans l’herbe détrempée par la pluie, puis dans les arbres !”.  

Henri effectuera un relais de trois heures. Trois heures dans ces conditions. Remonté, déchaîné, possédé, Henri va braver la pluie et la nuit, à plus de 300 km/h, sans essuie-glace. Ses seuls repères ? Des panneaux, des feux, des lignes, floues. 

Lorsqu’il rend le volant à Johnny Servoz-Gavin, au petit matin, la Matra a retrouvé sa deuxième place. La performance étourdissante des Français pour hisser la Matra sur le podium fait le tour de la France. Ce dimanche matin, le public est sous le charme, les Français aussi. Tous découvrent l’exploit qu’effectuent les jeunes pilotes. 

Henri, héros de la nuit, devient instantanément le chouchou du public. Modestement, il avouera n’avoir fait que son travail : placer la Matra où elle devait être.

Triste désillusion

La fin, on la connaît… Une triste désillusion. Suite à l’accident de Mauro Bianchi sur son Alpine-Renault, Henri roulera sur les débris de cette dernière. Une première crevaison entraînera un changement de pneu hâtif. Dans l’euphorie, Henri repartira le couteau entre les dents pour récupérer la deuxième place, sauf que personne n’a pensé à regarder les autres roues. Une seconde crevaison obligera Henri à s’arrêter. Trop de dégâts, un début d’incendie et c’en est fini de la Matra. Pour cette fois, en tout cas. 

Henri et Matra devront encore patienter… Quatre ans, cela passe vite, non ?

C’est en lisant Henri Pescarolo, Johnny Rives, Souvenirs Partagés que nous est venue l’envie de vous raconter cette merveilleuse histoire. Bien évidemment, nous ne sommes pas aussi bons écrivains que l’est Johnny. Nous avons essayé, très modestement, de vous raconter de manière succincte une histoire relatée dans cet ouvrage. Pour plus de détails et pour plus de frissons, nous vous invitons vivement à le lire, parfaitement taillé pour ces temps de confinement ! 

 

Article écrit par Antoine Jimenez
Sources : Henri Pescarolo, Johnny Rives, Souvenirs Partagés ; Lemans.org ; racingsportscars.com

Photos : Pinterest, lemans.slot-racing.fr. 

Merci de nous contacter pour tout crédit supplémentaire.