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#UneVoitureUneHistoire : Jaguar Type E Lightweight "YVH 210"

#UneVoitureUneHistoire : Jaguar Type E Lightweight "YVH 210"

Dans cette rubrique, nous vous parlerons de voitures. Mais différemment. Ici, nous nous concentrons sur une voiture en particulier. Sur un châssis, sur une histoire. Production, spécificités, pilotes, palmarès, vie actuelle. Et - Goodwood oblige - on vous parle aujourd'hui de "YVH 210" (nom donné pour son immatriculation), Type E Lightweight historique, et qui roule encore aujourd'hui à Goodwood.

La Jaguar Type E ne se présente plus. Peut-on en dire autant de la Lightweight ? Celle qui a, par le passé, souffert de la comparaison avec la Ferrari 250 GTO, mérite considération. Et, même si elle possède un bien maigre palmarès face à l'italienne, une d'entre elles fait mentir cette statistique. Voilà donc un court hommage qui fera découvrir à certains une pièce majeure de l’histoire de Jaguar, et qui, pour d’autres, ne fera que leur rafraîchir la mémoire.

"Lightweight", un développement tardif

Lors de sa présentation au Salon de Genève en 1961, il ne fait aucun doute que la Jaguar Type E sera une auto “à battre” sur les circuits internationaux. Après avoir empilé les succès avec sa 250 SWB (Tour Auto, Tourist Trophy, etc), l'hégémonie de Ferrari commence, à cette époque-là, à être remise en question. Dès 1961, les Jaguar Type E pointent le bout de leurs capots, pilotées par des hommes habiles comme Graham Hill ou Roy Salvadori (voir notre post Instagram). Mais Ferrari prépare d’ores et déjà la saison suivante et développe celle qui dominera la catégorie Grand Tourisme les années suivantes: la 250 GTO. La différence de poids entre la Type E et la Ferrari, la DB4 GTZ et autres AC Cobra, notamment due à la conception en acier de l’anglaise, poussera Jaguar à faire évoluer en trois phases successives la “E”. Un programme “usine”, intitulé ZP537/24, consistant à améliorer mécaniquement l’auto (Wild-Angle et trois carburateurs Weber) sera initié en 1961 et 1962 et appliqué à une poignée de châssis. La Type E de John Coombs, connue sous l’immatriculation 4 WPD (S850006), sera la plus en vue et ses résultats convaincront Jaguar d’en faire la voiture de développement pour l’année suivante. C’est donc en 1963 que le programme “Lightweight” est mis en place, afin d’alléger et d’améliorer radicalement la “E”. Cette même année, la première Lowdrag (une auto expérimentale de Jaguar à châssis et carrosserie acier) est acquise par Dick Potheroe, et celui-ci l'engage aussitôt en course (photos et histoire : voir notre post Instagram). Les performances bluffantes de la Lowdrag acier de Potheroe en course entraîneront, entre 1963 et 1964, la modification de deux châssis Lightweight aux spécifications Lowdrag par la firme de Coventry, aboutissant ainsi aux Lightweight Lowdrag, ultime évolution de la Jaguar Type E. 

YVH 210, l'outsider

YVH 210 - aussi dénommée S850666 - est, elle, issue du programme Lightweight. En totalité, douze autos furent construites (ou modifiées pour certaines) aux spécifications dites Lightweight. Pour résumer, le bloc moteur est désormais en aluminium, comme la totalité de la carrosserie. Le châssis d’origine en acier, quant à lui, a dû être conservé pour des raisons techniques.  Assemblée en Juillet 1963, S850666 est la neuvième des douze Lightweight construites. Elle est livrée à Peter Sutcliffe, réputé très bon pilote, propriétaire et bien connu chez Jaguar pour s’être fait la main sur “XKD 504”, une Type D Long Nose “Ecurie Ecosse”, en 1955. S850666 est immatriculée “YVH 210” le 12 Juillet 1963. Le lendemain, elle fait ses débuts en course à Mallory Park et termine 5ème du Grovewood Trophy. La première victoire ne tarde pas : Sutcliffe remporte le Scott-Brown Memorial Trophy à Snetterton le jour suivant. La saison se poursuit avec une 5ème place durant la course de support du Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone ainsi qu’avec une impressionnante seconde place (derrière un certain Jackie Stewart) lors du Tourist Trophy à Goodwood. A Snetterton, Sutcliffe termine quatrième de la course des 3 heures, juste derrière deux GTO et la Lowdrag de Dick Potheroe. La saison se termine par une sortie de route lors d’une séance d’essais à Brands Hatch.

1964, un grand cru

La saison 1964 est sans doute la plus fructueuse pour Sutcliffe et "YVH 210". Outre les courses anglaises, Sutcliffe emmène son anglaise sur les circuits internationaux. Et les lauriers pleuvent : deuxième aux 500 km de Spa Francorchamps et victoire au Prix de Paris à Montlhéry, juste avant de se rendre aux 1000km du Nürburgring. Après une participation moins glorieuse aux 12h de Reims, "YVH 210" écrase les Ferrari 250 GTO/62 et 64 lors du Grand Prix de Limbourg à Zolder, décrochant une deuxième place au général. Sutcliffe et "YVH 210" font ensuite leur retour en Angleterre, avec notamment une belle performance lors du Tourist Trophy (3ème avant d’abandonner sur un problème de différentiel). La suite et fin de la saison se traduisent par une série de podiums en Afrique du Sud : troisième aux 9h de Kyalami, deux fois second à Killarney, troisième au Grand Prix de Rhodesia lors de la première manche et second lors de la seconde et, enfin, une victoire au Tractor Trophy de East London. "YVH 210" rejoint de nouveau l'Angleterre en 1965. Elle y est vendue au Red Rose Racing Team de Charles Bridges et Richard Bond. Sa dernière apparition en course s'effectuera lors du Tourist Trophy à Oulton Park aux mains de Richard Bond.  

Retour aux sources

Après une pige aux USA, "YVH 210" fut proposée à la vente par Bonhams en 2005 et passa entre les mains du compétiteur et collectionneur Juan Barazi, qui prépara l’auto pour la compétition. Affûtée avec un nouveau capot et un nouveau moteur Crosthwaite & Gardiner, Juan Barazi et son coéquipier Michael Vergers remportent deux fois de suite le prestigieux Tourist Trophy lors du Goodwood Revival 2006 et 2007. Puis, "YVH 210" passa entre les mains de Jonathan Turner qui fît remettre l’auto dans sa configuration d’origine. Ensuite acquise par le collectionneur allemand Alexander Rittweger, "YVH 210" retourna sur les traces du passé, participant au Revival une nouvelle fois ainsi qu’à Spa Classic, 53 ans après sa participation aux 500 km de Spa Francorchamps. Vendue cette année par Max Girardo (Girardo & Co), "YVH 210" a désormais un nouveau propriétaire qui n'hésita pas une seconde à accepter l’invitation pour le Revival 2019. 

Rendre à "YVH 210" ce qui est à "YVH 210"

Dire que l'une de ces douze Lightweight serait plus importante que les autres serait idiot, tant ces autos sont historiques - et toutes uniques. Pourtant certaines attirent davantage les feux des projecteurs. S850006 ("4 WPD") reste tout de même l’auto à l’origine du projet Lightweight et fût, accessoirement, pilotée par Graham Hill. "EC 1001" demeure comme étant la première Lowdrag et forme, avec S850663 et S850662 (les deux autres Lowdrag), le trio des plus belles Type E jamais construites. Enfin, S850665, S850664 et S850659 ont participé au 24 heures du Mans, ce que très de peu de Lightweight peuvent se targuer d’avoir fait. Certes, “YVH 210” n’a pas tout cela, ce qui pourrait la rendre moins attractive aux yeux des amateurs ou des spéculateurs. Mais il ne fait aucun doute que "YVH 210" ait été l’une des plus actives. Sur l’année 1964, c’est certainement la plus victorieuse de toutes. Elle fait partie du cercle restreint des Lightweight ayant été victorieuses en Angleterre, en Europe et en Afrique du Sud (la plupart n’ont que très peu traversé la Manche). C’est d’autant plus gratifiant pour elle qu’elle n’a jamais connu de très grands noms du pilotage, bien que son (presque unique) pilote, Peter Sutcliffe, eut un sacré coup de volant. Ce dernier fut même pilote d’usine Ferrari, c’est dire… Quoi qu’il en soit, son pédigrée et son historique hors normes lui donneront raison : elle n'est décidément pas comme les autres.