Il est des GP où la victoire est une forme d’aboutissement pour le pilote vainqueur. Une sorte de St Graal que seuls les plus vaillants, les plus talentueux ou simplement les plus chanceux ont réussi à conquérir. C’est le cas du Grand Prix de Monaco. Il bénéficie, encore aujourd’hui, d’une aura particulière. Ce fut le cas dès son apparition au programme des GP Internationaux en 1929. Focus sur cette première édition.
Antony Noghès : l’homme de la situation.
Quand en 1925 est créé l’Automobile Club de Monaco (ACM), Antony Noghès, alors commissaire général, s’empresse de faire adhèrer ce nouveau club à l’Association Internationale des Automobile-Clubs Reconnus (AIACR future FIA).
Noghès n’est pas un inconnu dans le monde de l’automobile puisqu’il est un des initiateurs d’un rallye de régularité qui deviendra plus tard le Rallye de Monte-Carlo.
Cette même année, alors que l’ACM vient d’être enregistrée à l’AIACR, cette derniere lance un championnat du monde des manufacturiers, prémices de ce qui deviendra le championnat du monde des constructeurs. En 1925, 26 et 27, avec 4 ou 5 GP au programme, ce sont successivement Alfa Romeo, Bugatti et Delage qui l’emportent. Devant le succès remporté par ces courses, et ce malgrè un certain flou liè à une réglementation changeante qui perturbe les marques vedettes , l’ACM pose sa candidature à l’organisation d’un futur GP.
Antony Noghès reçoit d’abord une fin de non recevoir, le tracé proposé sortant du territoire monégasque. Cela ne le décourage pas. Il maintient son idée et décide de créer un circuit tracé totalement dans la ville.
C’est une grande première, aucun Grand Prix ne se déroulant intégralement sur un circuit 100% urbain.
Malgré les nombreux défis à relever, Antony Noghès, aidé entre autres par Louis Chiron, et soutenu par la SBM (Société des Bains de Mer), mène à bien son projet. C’est le 13 octobre 1928 que l’AIACR valide l’organisation d’un GP dans les rues de Monaco.
Une première édition réussie.
Le circuit de 3180 mètres longe le bord de mer. Pas de très longue ligne droite, mais plutôt un tracè difficile où les freinages et changements de vitesses sont nombreux. Les concurrents doivent effectuer 100 tours avant de passer le drapeau à damiers.
Le départ se fait sur le boulevard Albert Premier pour rejoindre Ste Devote puis la montée en direction du Casino avant de redescendre vers la gare, tourner à droite pour longer le front de mer, s’engouffrer dans le tunnel, passer la chicane pour filer vers l’épingle du gazomètre avant de reprendre la ligne droite du départ.
L’organisation mise en place assure, pour cette époque, une sécurité maximum aux spectateurs présents en nombre mais aussi aux participants.
Des sommes importantes sont proposées au vainqueur et à ses dauphins. Comme c’est la coutume, il faut être invité par les organisateurs qui décident des voitures présentes sur la ligne de départ.
Si 20 concurrents sont admis, seuls 16 se presentent l’avant veille à la séance d’essai. Celle-ci sert plus aux pilotes pour apprendre le circuit et en découvrir ses pièges que pour réaliser le meilleur temps, l’ordre de départ se faisant par titage au sort.
On retrouvera, sur la piste les marques phares, même si aucune équipe officielle n’est engagée. Les Bugatti sont en nombre avec 8 voitures, Mercedes aligne une SSK, Alfa Romeo est présent avec 3 6C. Le plateau est complèté par une Corre La Licorne, une Delage et 2 Maserati 8C.
Niveau pilotes, Philippe Etancelin, qui débute sa carrière, sera une des chances françaises, Williams Grover-Williams dit « Williams » sera le seul représentant britannique, Caracciola sur la SSK défendra les couleurs de l’Allemagne, Bourianou de la Belgique alors que 4 coureurs italiens seront là, en voisins.
Au tirage au sort, Etancelin gagne le gros lot. Il partira de la 1ère ligne au côté de Lehoux et Dauvergne, tous sur Bugatti 35C. Caracciola a eu moins de chance puisqu’il occupe l’avant dernière position sur la grille.
Quand à 13hrs30, Charles Faroux, le directeur de course donne le départ, Lehoux bondit le premier et attaque la montée du Casino en tête. A la fin du premier tour, « Williams » s’est porté en tête, Caracciola , qui a commencé sa remontée, pointe 6ème.
Au 30ème tour, alors que l’on commence à voir quelques abandons, l’allemand passe devant et va le rester jusqu’à la mi-course. Alors que Williams vient de s’arrêter pour ravitailler, Caracciola perd un temps considérable pour changer ses roues arrières. L’anglais en profite pour reprendre le lead avec une confortable avance.
L’allemand commence alors une remontée qui va tenir en haleine tous les spectateurs présents.
Seul le belge Georges Bourianou et sa 35C réussit à se mêler à la lutte pour les podium. Mais rien n’y fait et « Williams » sur sa Bugatti 35C franchit la ligne d’arrivée en vainqueur devant Bourianou et Caracciola.
Il l’emporte avec 1’17’’ d’avance sur son second et 2’22’’ sur le 3ème.
A final, au terme de près de 4hrs de course, 9 voitures sont classées, 7 ont abandonné.
Le meilleur tour en course est l’oeuvre de « Williams » en 2’15 » à une moyenne de 80km/h.
Le vainqueur, né d’un père anglais et d’une mère française, gagne ce premier GP de Monaco au volant d’une Bugatti 35C peinte en vert, couleur des pilotes anglais lors de la coupe Gordon Bennett,
Pendant la 2ème guerre mondiale, il entrera dans la résistance et deviendra agent du Special Operation Executive. Il sera exécuté, peu avant la libération, au camp de concentration de Sachsenhausen.
Monaco aujourd’hui
Le Grand Prix de Monaco, près de 100 ans après cette première édition, figure toujours au championnat du monde de Formule 1. Il reste une des courses les plus célèbres au monde. Une de celles que chaque pilote rêve de gagner.
En mémoire de cette première édition, une sculpture grandeur nature a été réalisée par l’artiste
multi-casquettes François Chevalier, ancien directeur du circuit du Castellet. On peut l’admirer aujourd’hui aux abords du circuit.
Photos crédit : Pinterest, Bugatti Archives, François Chevalier