Quand Gianni Lancia décide de l’arrivée de sa marque en F1, il est loin de se douter que quelques années plus tard, sa Lancia D50, construite pour ce grand retour, continuera sa carrière sous la marque au cheval cabré. Retour sur une histoire mouvementée.
Lancia à la conquête de la F1.
C’est en 1951 que le jeune Gianni Lancia, fils de Vincenzo, le fondateur de Lancia, insufle un nouveau dynamisme à la marque de Turin en décidant de participer aux plus grandes épreuves automobiles. Cette initiative sera couronnée de succès avec les victoires des B20 à la Targa Florio 52 et de la D20 une année plus tard à cette même course. Mais l’objectif suprême du jeune dirigeant est la participation de Lancia au championnat du monde de Formule1. Fin 53, la décision est officiellement prise pour la saison 54.
C’est l’ingénieur maison Vittorio Jano, père des Alfa Romeo victorieuses avant guerre, qui va travailler sur le sujet bien secondé par Ettore Mina. La règlementation venant de changer, il conçoit un moteur V8 très compact et léger de 2,5l de cylindrée développant plus de 250cv. A cette occasion, Lancia peut s’enorgueillir d’être la 1ère marque à engager un 8 cylindres au championnat du monde de Formule 1.
La monoplace, baptisée D50, bénéficie de certaines particularités techniques. Le moteur, semi porteur, est positionné très bas et très en avant. Il est incliné de 12° afin de faire passer l’arbre de transmission à la gauche du pilote ce qui permet un centre de gravité particulièrement bas. Il reçoit également des éléments de fixation de la suspension.
Toujours dans le but de construire une voiture la plus basse et la mieux équilibrée possible, les 2 réservoirs d’essence sont placés de part et d’autre du cockpit, entre les roues avant et arrière.
Avec un poids avoisinant les 640 kgrs, la D50 est plus légère que beaucoup de voitures de la concurrence. Le freinage est assuré par 4 freins à disques et la transmission par une boite 5 semi-automatique avec pré-sélecteur au volant.
C’est sur l’aéroport de Turin-Caselle que les premiers essais ont lieu. La mise au point s’avère difficile et longue. Les solutions originales adoptées nécessitent beaucoup de travail. De plus, Gianni Lancia est impatient de voir les résultats tomber, les finances de la marque ne permettant pas de soutenir un tel projet sans retour rapide sur investissement.
Pour se donner toutes les chances de son côté, 2 pilotes chevronnés sont engagés. Alberto Ascari, le double champion du monde 52/53 et Luigi Villoresi.
Les essais s’éternisent et la voiture n’est prête que pour le dernier GP de la saison en ayant déjà abandonné plusieurs de ses solutions techniques innovantes. Les disques sont « devenus » des tambours et la boite de vitesse est manuelle. C’est donc en Espagne que la D50 fait, pour la première fois, son apparition au championnat.
La voiture s’avère de suite compétitive et Ascari s’adjuge la pôle en devançant Fangio et sa W196 d’une seconde. Villoresi confirme ce bon résultat en pointant à la 5ème place sur la grille de départ.
Mais la course ne sera pas à la hauteur des espoirs de l’écurie Lancia. C’est d’abord Villoresi qui abandonne au bout de 2 petits tours sur des problèmes de freins alors qu’Ascari n’en fait que 10 suite à un souci d’embrayage. Maigre consolation, il s’adjuge le record du tour, preuve du potentiel d’une voiture nécessitant encore du travail pour la fiabiliser.
Une année 55 frustrante.
Pour cette nouvelle saison, quelques modifications sont faites dans le but d’améliorer la fiabilité tout comme la compétitivité de la monoplace. Mais la voiture reste proche de celle vue en Espagne. 5 châssis sont opérationnels ce qui permet d’ajouter un nom à la liste des pilotes, celui d’Eugenio Castellotti qui défendra donc les chances de l’écurie Lancia.
En Argentine, lieu du premier GP de l’année, Ascari réalise le 2ème temps de la séance d’essai derrière la Ferrari 625 de Froilan Gonzalez. Les 2 autres D50 sont un peu plus loin aux 11ème et 12ème places.
Après un début de course où il domine la situation, Ascari est victime d’une sortie de route qui provoque son abandon. Pas plus de réussite pour ses deux coéquipiers qui ne voient pas le drapeau à damiers.
De retour en Europe, et avant le 2ème GP de la saison, Lancia en profite pour participer à quelques courses hors championnat. La D50 y obtient ses premiers succès à Turin et à Naples. Ceux-ci semblent de bonne augure avant le GP de Monaco.
C’est donc dans la principauté que l’on retrouve les D50. Elles sont au nombre de 4 à postuler à la victoire puisqu’une voiture supplémentaire a été allouée au pilote local Louis Chiron.
Aux qualifications, on retrouve 3 Lancia dans les 10 premiers, Ascari réalisant le 2ème temps.
Si le résultat final n’est pas si mauvais pour l’écurie Lancia, Castellotti terminant 2ème, Villoresi 5ème et Chiron 6ème, elle a vu Ascari abandonner suite à un plongeon spectaculaire
dans le port. Alors qu’il suit Fangio, Ascari veut éviter l’huile perdue par la W196 de l’argentin entraînant le tête à queue de la D50, celle-ci finissant en marche arrière dans les eaux du port. Rapidement secouru, le pilote italien s’en tire avec une fracture du nez et diverses contusions l’obligeant à prendre quelques jours de repos.
Mais le pire, c’est ce qui va arriver moins d’une semaine plus tard. Alors qu’il est en convalescence, Ascari se rend à Monza afin d’assister à des essais privés menés par Ferrari. C’est Castellotti qui mène la séance. Il est au volant de la 750S qu’il doit piloter pour la Supercortemaggiore le week-end suivant. Ascari, qui devrait, en théorie, être son coéquipier pour cette course ne résiste pas à l’envie d’essayer la voiture. Alors qu’il est en fin de session, il en perd le contrôle et sort de la piste. Il ne survit pas à l’accident.
C’est un coup dur pour Gianni Lancia et son équipe. Villoresi, sous le choc, décide de se retirer. La Scuderia Lancia annule sa participation au GP de Belgique. Castellotti, après avoir beaucoup hésité, décide lui de s’engager à titre privé au volant d’une D50 prêtée par l’usine............ !
S’il réalise la pôle position devant Fangio, il doit abandonner en course sur problème de boite de vitesse. Ce sera la dernière participation d’une D50 engagée par l’écurie Lancia au championnat du monde de Formule 1.
Non alignée au GP suivant en Grande Bretagne, puis victime de l’annulation de toutes les compétitions automobiles suite à l’accident de Levegh au 24Hrs du Mans, Gianni Lancia boit le calice jusqu’à la lie quand il doit décider de fermer le service compétition de la marque. Les soucis financiers récurents ayant fini par provoquer cette décision..
Pire, Gianni Lancia se voit rapidement contraint de vendre son entreprise. Ce sont des actionnaires de FIAT qui se portent acquèreurs. Les D50 et tout le matériel qui va avec, finissent, grâce à des subventions généreusement accordées par la Fédération Italienne Automobile, dans l’escarcelle de Ferrari. C’est une vraie aubaine pour Enzo Ferrari, compte tenu du peu de compétitivité des voitures de sa scuderia au moment d’attaquer le championnat 1956.
La D50 Ferrari : une fin de carrière en beauté.
Avant le début de cette nouvelle saison, des modifications sont apportées à la D50. Le moteur gagne quelques chevaux supplémentaires et passe à 265cv. Afin d’améliorer la rigidité de la voiture, une barre anti-roulis est montée à l’avant. Les suspensions sont également retravaillées. Les réservoirs latéraux ne sont plus que des réservoirs d’appoint. Ils sont intégrés à la carrosserie et participent à l’aerodynamisme de la voiture. Le réservoir principal est maintenant situé à l’arrière. La voiture est nommée D50 Argentina puis Syracuse.
Cette nouvelle D50, très compétitive, va dominer la saison en remportant 5 GP sur les 8 inscrits au championnat.
Elle permet à Fangio de remporter son 4ème titre de champion du monde, Collins fini 3ème, Castellotti 6ème.
Ce sera véritablement la dernière saison où on peut considérer que l’héritage de la Lancia D50 persiste encore. Dès 57, la Ferrari D50 801 voit sa ligne profondément modifiée et il est difficile de reconnaitre la D50 d’origine même si le moteur reste toujours de V8 Lancia. La saison sera éprouvante pour la Scuderia qui ne remportera aucun GP comptant pour le championnat.
Cette saison 1957 signera la fin de la présence de la D50 ou de ses dérivés en championnat du monde. Elle aura marqué le monde de la F1 par ses nouveautés techniques et ses performances et restera pour beaucoup une des plus belles monoplaces des années 50.
Crédit Photos. Pinterest, MC, WorldPress, SC Digest, Primotipo